Weezer – « Red Album »

Red Album[Album]
16/06/2008
(Geffen/Universal)

Ca ne vous arrive jamais de jouer l’assurance en restant fidèle à un bon restaurant, parce que vous y avez votre plat préféré, concocté toujours de la même manière, et que vous n’y risquez aucune indigestion? C’est un peu la même chose avec Weezer qui ne cesse plus de resservir la même recette, au point que ses titres seraient facilement interchangeables s’ils étaient livrés en kit. Les mauvaises langues diront même que seule la couleur de la pochette sert finalement à différencier chacun des disques de la bande de Rivers Cuomo, bien assise sur un capital affectif depuis longtemps acquis auprès de ses fans. Ces plus ardents défenseurs rétorqueront alors, et à raison, que la méthode Weezer se montre toujours aussi efficace: quel groupe aujourd’hui, mis à part celui-ci, peut se vanter de faire aussi simple tout en étant ainsi immédiatement reconnaissable? Aucun, à moins d’inviter les répliques au débat

Ce Weezer version rouge s’ajoute donc aux autres références pop Ikea: modestes, bon marché, prévisibles, sûrement pas éternelles, mais assez solides pour ne pas qu’on se retrouve trop vite le cul par terre. Cuomo, à l’exception de « The Greatest Man That Ever Lived » et du plus modéré « Dreamin » pour lesquels il s’est retiré les doigts de là ou vous ne mettriez pas le nez, opère donc un énième retour à la case départ, ne prend ici absolument aucun risque, à tel point qu’on jurerait certains titres déjà présents sur des tracklistings antérieurs. C’est notamment le cas du single « Pork & Beans » et de « Troublemaker », indigne ouverture de l’album, qui ôteront certainement à pas mal de curieux l’envie de pousser plus loin, et les priveront du même coup des quelques surprises que les Américains ont senti bon d’amener. Sur le fond d’abord, Cuomo partageant ici le chant avec ses compères, chose plutôt revigorante comme sur « Though I Knew », « Automatic » et « Cold Dark World », un brin dépaysants et donc intéressants. Sur la forme ensuite, avec une poignée de ballades évolutives, acoustiques avant de plonger dans l’électrique, bien arrangées, et soulignant tout le talent du groupe en matière de mélodies (« Heart Songs », « The Angel And The One »)

On ne pourra donc décemment pas enlever à Weezer les quelques efforts qu’il a fourni pour ne pas définitivement mener les dubitatifs à l’overdose, tout en prenant bien soin de ne pas froisser ses garanties. Reste qu’on se demande encore ce qui l’aura poussé à marcher sur les plates bandes des Red Hot Chilli Peppers avec le pitoyable « Everybody Get Dangerous ». La joyeuse bande a fait pire, mieux aussi, et place ainsi ce « Red Album » dans le ventre mou d’une discographie uniforme. On ne s’attendait de toute façon pas à autre chose. Et s’il en avait été autrement, dites vous que le monde du rock, retourné comme une crêpe, aurait crié au scandale

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