Vince Staples – ‘Big Fish Theory’

Vince Staples – ‘Big Fish Theory’

Album / Def Jam / 23.06.2017
Hip hop

Au sein du hip hop américain, Vince Staples est aujourd’hui un artiste que l’on sollicite au moins autant, si ce n’est plus, pour ses opinions que pour sa musique. Figure atypique qui se démarque facilement dans un milieu assez pauvre en opinions tranchées, le jeune rappeur de Long Beach intrigue par ses remarques sur le hip hop 90’s, sa notoriété grandissante ou la communauté afro-américaine. Plein d’aplomb et de maturité, le californien file dans une direction qui ne regarde que lui et dessine depuis quelques projets une trajectoire grisâtre et dense ou crise existentielle, soubresauts urbains et productions aventureuses se donnent la main derrière son débit toujours plus nuancé et maitrisé.

Suite logique et affranchie du remarquable ‘Summertime 06‘ et de l’EP ‘Prima Donna‘, son nouvel album, ‘Big Fish Theory’, est une entreprise déroutante, construite autour de tempos toujours plus rapides et de sonorités mutantes. A la lecture des producteurs, on ne retrouve aucun nom de la scène hip hop, mais en lieu et place une flopée de jeunes artistes issus de l’électro. Malin dans leurs orientations, ils ont tous su donner à leur manière une autre dimension à ce deuxième album, prolongeant et déviant dans un même geste le chemin ouvert auparavant.

Assorti de nombreuses influences, l’album est une plongée hybride ou les matériaux hip hop se manifestent comme des sceptres au service d’une autre esthétique. Sur ‘Big Fish’, un sample de Juicy J est parasité de tous les côtés par la piste de danse. Un peu plus loin, Amy Winehouse s’exprime avant qu’une obscure voix de soul s’élève (‘Alyssa Interlude’) et que l’album nous renvoie dans sa course folle. Débridé et sans limites, les morceaux traversent une relecture UK garage (‘Crabs In A Bucket’), une balade nocturne (‘745’) et des sommets de dissonance (‘Yeah Right’, ‘SAMO’) orchestrés par le producteur SOPHIE, avec un équilibre et une concision remarquable qui ne cessent d’être explorés dans tous les sens tout au long d’une demie heure.

Et Vince Staples dans tout ça ? Loin d’être perdu, il creuse le sillon de son étrangeté à la faveur de cet album en rupture, ou sa voix morveuse s’immisce partout. Cultivant le décalage (‘How i’m supposed to have a good time when death and destruction’s all i see ?’ chante t-il sur ‘Party People’), l’engagement (‘Obama ain’t enough for me, we only getting started’ sur ‘BagBak’) et le sarcasme (‘How the thug life ? How the love life ? Is your buzz right ?’ égrène t-il tout au long de ‘Yeah Right’), il décide ici de n’en faire qu’à sa tête, ravi de confondre sa personnalité avec cette nouvelle orientation musicale qui se rapproche au mieux de son ironie mordante, et l’assoie un peu plus vers l’imprévisibilité et l’opaque.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
‘Crabs In A Bucket’, ‘Big Fish’, ‘745’, ‘Yeah Right’, ‘Homage’, ‘Party People’, ‘BagBak’, ‘Rain Come Down’

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