Tortoise – ‘The Catastrophist’

Album / Thrill Jockey / 22.01.2016
Post rock jazzy

Qu’un nouvel album naisse d’une commande, c’est un luxe que peu de groupes peuvent s’offrir, mais qui n’a finalement rien d’étonnant quand on s’appelle Tortoise et que, depuis 25 ans, on parvient à ériger son propre son, que l’on touche au rock, à l’electronica, au dub ou au jazz. C’est le cas de ‘The Catastrophist’, dont les fondations sont héritées d’une demande faite par la ville de Chicago en 2010, avec l’exercice imposé au groupe de fondre ses nouvelles compositions dans l’héritage local offert par le jazz et les musiques improvisées. Cinq thèmes sont ainsi apparus, dont toute la matière première a ensuite été retravaillée, restructurée, rendue plus complexe et mutualisée dès qu’il a été question d’un nouvel album.

En résulte onze titres portés par cinq multi-instrumentistes habitués à expérimenter et improviser ensemble depuis maintenant deux décennies. Surtout à ne jamais céder à la facilité, ce qu’ils démontrent une nouvelle fois tout au long de cet album pourtant pas irréprochable (quid de ‘Gopher Island’ ?), même si quelques titres contribuent pleinement à en faire une livraison marquante. Parmi eux, ce ‘Shake Hands With Danger’ boulonné sur une lourde rythmique capable de redonner des yeux d’enfants à n’importe quel gros dur du milieu hip hop, ‘Hot Coffee’ au groove funk irrésistible.

L’autre facette de ‘The Catastrophist’ laisse forcément la part belle au jazz. Elle renvoie au Tortoise de la fin des années 90, fait se côtoyer quelques franches réussites (‘Ox Duke’) et d’autres titres moins dispensables (‘The Clearing Fills’) souvent en raison du recours trop franc au synthé (l’entame éponyme, ‘Gesceap’ sauvant les meubles à mi-parcours). Elle dévoile aussi l’apparition du chant sur deux morceaux : ‘Rock On’, reprise de David Essex chantée par Todd Rittmann (US Maple), et ‘Yonder Blue’, douceur pop sixties interprétée par Georgia Hubley (Yo La Tengo), tous deux plus bénéfiques à la diversité du disque qu’à la discographie Tortoise, soyons francs. Un constat qui s’applique finalement à ‘The Catastrophist’ justifiant sa place au sein de l’oeuvre toute entière de ses géniteurs, sans pour autant décrocher le graal de l’album indétrônable.

‘Ox Duke’, ‘Shake Hands With Danger’, ‘Hot Coffee’

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