Tony Allen – « Secret Agent »

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World Circuit
04/06/2009

Continuant sans relâche à communiquer sa passion viscérale pour les rythmes de l’afrobeat, tout porte à  croire que Tony Allen ne nous décevra décidément jamais. S’il a ces dernières années multiplié les projets visant à intégrer le genre nigérian dans le paysage musical contemporain, notamment hip-hop et électro (comme en témoignent ses collaborations avec Doctor L et Comet Records), le batteur est toujours resté fidèle à ses racines, qu’il réapprivoise dès 2006 avec brio dans un «Lagos No Shaking» signé sur Honest Jon’s.

Mais une sortie de Tony Allen réserve toujours de nouvelles surprises, ce dernier «Secret Agent» ne dérogeant pas à la règle. Cette galette peut en effet s’appréhender comme une synthèse de tout ce qui a marqué les 40 ans de carrière d’un Tony Allen arrivé à l’apogée de sa maturité. «Secret Agent» est avant tout un concentré d’afrobeat Kutien, brut, chaud et démoniaque. Mais il est aussi un parfait exemple de tout ce que ces quelques décennies de transformations musicales ont su apporter au genre, impeccablement maîtrisé par le batteur de Fela. Dans cet opus, les mélanges d’influences sont tous des coups de génie, qu’ils soient plutôt communs (comme le mariage afro-jazz du titre «Ayenlo», les influences bluesy de «Switch», les rythmes instrumentaux funk de «Elewon Po» qui rappellent The Incredible Bongo Band), ou carrément inattendus, comme dans le titre «Busybody» où des nappes d’accordéon se fondent dans une composition 100% afrobeat ! «Secret Agent» fait aussi la part belle aux voix, étonnamment variées et passionnées. Féminines, elles empruntent à la soul et au slam, distillées notamment par la jeune et déjà grande chanteuse nigérianne Ayo (on relèvera la puissance soulful du titre «Ayenlo» ou encore la délicatesse de l’hymne à l’afrobeat «Ijo»), ou par Bola Dumoye sur un splendide «Switch» qui rappelle Jill Scott ou Ursula Rucker. Masculines, elles transpirent la force sage de l’afrobeat, métissée de paisibles influences caribéennes («Celebrate» et «Pariwo» featuring King Odudu), ou franchement engagée via le chant de Tony Allen lui-même dans les sulfureux et énergisants «Secret Agent» et «Elewon Po».

Enregistré entre Paris et Lagos avec de fabuleux musiciens Français, Camerounais, Antillais et Nigérians, «Secret Agent» est une fois de plus la preuve qu’Allen est tout le contraire d’un artiste statique et frileux. Avec ce nouvel opus, il nous fait encore découvrir l’afrobeat d’une autre façon, en insistant par dessus tout sur la richesse inouïe de ce genre qui peut finalement se marier avec tous les autres, et faire tomber tant les frontières physiques que symboliques. En véritable magicien de la batterie, Tony Allen parvient toujours à nous magnétiser littéralement du bout de ses baguettes. Et quiconque jettera une oreille à ce «Secret Agent» comprendra très vite que le charme n’est pas près d’être rompu…

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Une réponse à Tony Allen – « Secret Agent »

  1. MARQUOIS 15 janvier 2012 à 23 h 35 min #

    TONY ALLEN
    sera en concert le 20 janvier 2012
    à La CLEF, Saint-Germain-en-Laye, 78
    avec en1ère partie, Arat Kilo, Ethio-Jazz
    Plus d’infos au 01 39 21 54 90 – http://www.laclef.asso.fr

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