Thomas Belhom – « Rocéphine »

bel180Album
(Ici d’Ailleurs)
14/05/2012
Post folk

Il a beau avoir d’abord conquis son public avec Amor Belhom Duo, le projet qu’il a longtemps mené avec son complice Naïm Amor, Thomas Belhom n’a pas perdu de temps pour prouver qu’il était un musicien assez accompli pour pouvoir mener sa barque seul. En deux albums clairement marqués par le brulant héritage musical de l’Arizona ou il vécu, il s’est vite affirmé comme un songwriter de fond, de ceux qui n’attirent pas forcément toutes les lumières mais qui n’en perdurent pas moins dans le temps. Certains musiciens de Lambchop, Calexico ou Tindersticks qu’il a croisé, ou avec qui il a pu collaborer, ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, jusqu’à lui rester fidèles sur « Rocéphine » puisque l’on peut y entendre Stuart Staples chanter « A Meaning Shovelfull Of Promises ».

Ça n’empêchera pas cette nouvelle oeuvre de se démarquer singulièrement de celles qui l’ont précédée, notamment par une approche nettement plus introspective et sombre qu’à l’accoutumée. Plus rares sont donc les tournures parfois improvisées qu’on pouvait croiser lors de certains passages de « Remedios« , moins courantes sont également les mélodies évidentes et légères qui faisaient le charme de « No Border« . Ici, Thomas Belhom vous capture, vous calfeutre de force dans son intimité, comme pour ne jamais altérer la proximité qui se dégage de chacune des compositions, sans exception. Seulement, l’approche est à double tranchant: ou l’on s’y sent à l’aise et l’on capte ce que l’auteur souhaite ardemment faire passer, ou la gêne d’une relation forcée s’installe jusqu’à vous faire passer à côté de l’essentiel.

A vrai dire, ce sont les deux sentiments qui dominent tout au long de ce « Rocéphine », alternance de réjouissances et de titres trop hermétiques pour que l’on s’y attarde. Question de goût incontestablement, de perception aussi sûrement, qui fait qu’on préfère définitivement Belhom en mélodiste plutôt qu’en conteur d’histoires rendues volontairement pesantes, que le sujet soit plus ou moins gai. Et c’est sans compter sur un recours beaucoup plus récurent que par le passé à la langue française, laissant les mots abandonner la douce et agréable musicalité de l’anglais pour mieux peser de tout leur poids (« L’Avancée En Moi », « Temps Allongé »). Ainsi, parce que la beauté est toujours moins perceptible dans la pénombre, on conseillerait donc à Thomas Belhom de repeindre les murs noirs de son intérieur à grands renforts de couleurs vives. On y verrait alors plus distinctement les véritables trouvailles que sont « Local Loco », « Got TV I » et « Yumi »: trois titres vers lesquels on revient irrémédiablement chaque fois qu’on trouve la force morale de se replonger dans ce disque.

itunes39

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