Thom Yorke – ‘Tomorrow’s Modern Boxes’

Album / Autoproduit / 26.09.2014
Salaire net

Il y a comme une obsession de la part des grands de la musique à ne pas voir fondre les millions de dollars qu’ils ont pris l’habitude de régulièrement placer sous le matelas. Rejoint par un U2 qui n’a pas trouvé pire stratégie que d’obliger tout détenteur d’iPhone de se fader sa daube de nouvel album, Thom Yorke lutte depuis pas mal de temps maintenant contre le streaming, en plein essor chez les mélomanes fatigués d’avoir trop longtemps déboursé des sommes rendues astronomiques par le peu de qualité et de constance offert sur la longueur d’un disque. Certes, l’argument ne tient pas à son propos, ni à celui de Radiohead qui – qu’on le veuille ou non – figure encore aujourd’hui parmi les groupes les plus exigeants et novateurs de notre ère.

Si la politique du ‘pay what you want’ qui accompagnait la sortie de ‘In Rainbows‘ en 2007 ne sonnait pas la révolution en étant finalement valable que pour les formations à fort potentiel commercial, Radiohead entrouvrait néanmoins une porte intéressante en faisant sauter les mailles de la chaîne que sont labels et distributeurs. Seulement, depuis, il semble que les anglais ne considèrent plus aucune sortie sans une stratégie qui fasse autant parler que leur musique. Dernière preuve avec Yorke qui, en teasing de dernière minute, divulguait la vidéo d’un mystérieux vinyle blanc, flirtant sur le buzz d’un proche album du groupe dont personne ne connait encore la date de sortie: un effet d’annonce qui retomba comme un soufflet quand il dévoila finalement l’intégralité de ‘Tomorrow’s Modern Boxes’, successeur de ‘The Eraser‘ paru il y a huit ans. Un nouvel opus solo aujourd’hui déclaré à près de deux millions d’exemplaires, uniquement téléchargeable en peer to peer, et contre la ‘modique’ somme de six euros dont l’auteur se garde bien sagement 90%. Faites le calcul.

Une somme qui apparaît encore moins ‘modique’ quand on découvre ces huit titres donnant envie de rappeler au talentueux anglais que le contenant ne doit jamais être privilégié au contenu. En effet, si ‘Tomorrow’s Modern Boxes’ n’est pas la mauvaise soupe sur lequel il s’est posé, rien ici ne mérite un tel engouement. Thom Yorke y décline seulement son affection reconnue pour une musique électronique devenue son terrain de prédilection pour y poser son chant et son jeu de piano reconnaissables (‘Guess Again!’, le dépouillé ‘Interference’). Souvent vaporeuse, sombre, sans grande évolution, et surtout marquée par un souci prononcé pour les textures, celle-ci semble inspirée de ses collaborations antérieures, avec Flying Lotus notamment.

Autant dire que la marche est haute et que, livré à lui-même, Thom Yorke à toutes les peines du monde à embarquer son auditoire avec la même efficacité. S’il y parvient plus ou moins dès l’entame ‘A Brain In a Bottle’, la suite relève plutôt du calvaire au fur et à mesure qu’on s’y enfonce. Ce n’est pourtant pas faute d’idées. Assurément, et comme le laissent entrevoir ‘The Mother Lode’, l’Anglais en a. Seulement, toutes sont non seulement prévisibles, mais aussi trop peu fouillées. Pour preuve, dans la grande majorité des cas (à l’exception peut-être d’un laborieux ‘There Is No Ice For My Drink’), les premières secondes de chaque titre suffisent à le cerner. Annoncé comme un teaser du prochain album de Radiohead, ne reste plus qu’à prier pour qu’on y voie le temps passer un peu plus vite.

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Une réponse à Thom Yorke – ‘Tomorrow’s Modern Boxes’

  1. mAXence 8 octobre 2014 à 22 h 44 min #

    Pas d’acccoww

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