The Thermals – ‘We Disappear’

Album / Saddle Creek / 25.03.2016
Indie rock

L’injustice se niche parfois dans la nostalgie. Prenez l’exemple de The Thermals. S’il était né dix ans plus tôt, le groupe de Portland ferait probablement l’objet d’un culte aussi attendri que celui dont bénéficient aujourd’hui ses héros indie-rock, Dinosaur Jr, The Replacements et Guided By Voices en tête. Mais voilà, depuis 2006 et la parution du génial ‘The Body, The Blood The Machine‘, The Thermals poursuit son chemin dans une relative indifférence (du moins de ce côté-ci de l’Atlantique), au rythme d’un album en moyenne tous les deux ans.

Traverser l’existence sans laisser d’empreinte, c’est pourtant l’angoisse qui habite les dix titres de ce septième album. ‘Into the code, we stay alive / We will be whole, we will survive / In the code we will always exist‘ ironise Hutch Harris, chanteur-guitariste et parolier du groupe en ouverture sur ‘Into The Code’. Loin d’avoir sombré dans la dépression, The Thermals continue malgré tout d’enchaîner ses refrains power-pop avec un savoir-faire non plus digne de l’artisan mais de l’ouvrier qui s’épuise à la chaîne. Là où dix ans plutôt le groupe alignait les tubes avec une fièvre contagieuse, il peine aujourd’hui à dissimuler sa propre lassitude.

Bien sûr, quelques passages valent toujours le détour : ‘Into The Code’ et sa ligne de basse crâneuse, ‘The Great Dying’ sûr de sa tranquille mélancolie, ou encore ‘Years In a Day’ où le groupe semble enfin confesser son manque de souffle et suscite de fait l’empathie. Et si le reste n’est pas foncièrement mauvais (excepté ‘My Heart Went Cold’ pour son embarrassant refrain qu’on imagine choppé au Weezer actuel), il n’étonne en rien, ne provoque rien. Écouter ‘We Disappear’ revient à débarquer à sa propre fête d’anniversaire surprise en en connaissant d’avance chaque détail. En ce sens, la production très FM signée Chris Walla (ex-guitariste de Death Cab For Cutie) n’aide pas à dégager un quelconque relief de l’ensemble.

On est vraiment désolé pour The Thermals, mais à l’exception de ses fans les plus hardcore, on parie que personne ne se souviendra de ‘We Disappear’ d’ici dix ans. Un état de fait que Hutch Harris résume finalement très bien lui-même dans ‘The Great Dying’ : ‘The sky will turn to fire, the sea will turn to salt / Our memories will burn like we were never here at all‘. Allez, c’est pas grave les gars, il est peut-être juste temps de prendre des risques, des vrais cette fois-ci.

‘Into The Code’, ‘The Great Dying’, ‘Years In a Day’

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