The Soft Moon – ‘Deeper’

Album / Captured Tracks / 30.03.2015
Internement

Rares sont les groupes actuels capables de jouir d’une aura dont l’essence repose sur leur seule œuvre musicale, sans artifice médiatique ni mise en avant individuelle. Depuis cinq ans, la production de The Soft Moon obsède. Les deux albums et l’EP présentaient un groupe à même de narrer la noirceur de l’âme humaine au sein de compositions troubles mais imparables. Car si la lourdeur est partout, rythmique, mélodique, elle s’accompagne d’un sens aigu de l’intention physique, de la volonté aliénante de prendre le contrôle de nos mouvements. Si ‘The Soft Moon’ (2010) apparaît comme un corps étranger au reste de la discographie, Luis Vasquez n’a depuis cessé de jouer avec la frontière de la radicalité sonore. Parfois dans l’expérimentation pure, souvent frénétique et frontal, le musicien de San Francisco a toujours brouillé les cartes.

Mais si ses disques se sont toujours assortis d’un mystère fascinant, les prestations scéniques en trio ont peu à peu levé le voile sur un groupe unique par sa faculté à manipuler le son. Au contraire d’un A Place to Bury Strangers toujours en quête de plus de décibels et de larsens, les concerts de la formation californienne se manifestent par une dimension bien plus claire et envoûtante, comme si Carter Tutti Void déambulait un temps sur les cimes de la pop.

Ce travail d’orfèvre a sans doute influé sur ‘Deeper’, le dernier né. Comme son titre l’indique, l’album va sans doute plus loin que jamais dans les thématiques chères à son auteur. Omniprésent, le narrateur créé pour l’occasion ne cesse de faire part de son malaise intime et ses troubles sociaux (‘I don’t care what you say, living life my own way‘, répète t-il ainsi sur ‘Black’). Phobiques, schizophréniques, les paroles sont d’une violence inouïe (‘Take me far away, To escape myself, I was born to suffer, It kills my mind, It kills me inside‘, entend-on sur le tube de l’album, ‘Far’). À ce propos, jamais la voix n’a été aussi présente, distincte et en avant dans un album du groupe. C’est aussi ce facteur qui fait de ‘Deeper’ l’album le plus accessible de la discographie. Pour le reste, on avance en terrain connu avec les éléments notoires telles que ses rythmiques amérindiennes (‘Deeper’) ou ses mélopées lancinantes (‘Feel’). Parfois, une excursion est faite sur des terrains plus pop à l’instar de ‘Without’, mais la surprise la plus importante réside probablement au sein de ‘Wrong’, l’un des monuments du disque avec son introduction post-industrielle sublimée par une progression techno jouissive.

Au final, grâce au travail appuyé de Maurizio Baggio, véritable co-auteur du disque, ‘Deeper’ est sans doute l’album le plus écrit de Vasquez, le plus lyrique aussi. Et si les citations de William S. Burroughs, de Bauhaus ou Throbbing Gristle sont toujours d’actualité, elles se fondent cette fois dans un prisme plus personnel que jamais. Sans doute moins psychédélique et répétitif que par le passé, The Soft Moon perd de son charme cérébral mais gagne en songwriting. Au final, il hante toujours autant.

‘Far’, ‘Wrong’, ‘Deeper’

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