The Roots – « Rising Down »

Rising Down[Album]
28/04/2008
(Def Jam/Universal)

À vrai dire, on ne sait plus trop quoi penser du crew de Philadelphie. Car bien qu’auteur de véritables classiques hip hop pendant les années 90 (« Organix », « Do You Want More?« , « Illadelph Halflife », « Things Fall Apart« , tous résumés sur l’excellent « The Roots Come Alive« ), les choses ont sensiblement évolué depuis « Phrenology« , soulignant un désir de changement, de partir dans de nouvelles orientations musicales plutôt que de se cantonner aux premières influences soul jazz, et d’exploiter ainsi les atouts d’un line up élastique. Pourtant, en y regardant de plus près, The Roots, grâce à leur talent, auront toujours pris soin de ne pas tomber dans les pièges liés à de telles prises de risque. Mais, force est d’avouer qu’aucun de leurs disques sortis en ce 21ème siècle ne laissera la trace indélébile de chacune de ses toutes premières oeuvres. En effet, « Phrenology », « The Tipping Point » et « Game Theory« , tous accouchés en dix-huit mois de moyenne, restent de très bons albums hip hop plutôt que les classiques que nous étions en droit d’attendre. Pourquoi donc « Rising Down » changerait il la donne, tout en sachant que The Roots ne lui auront pas accordé plus de temps que ses prédécesseurs

Il ne la change pas, tout simplement, et illustre parfaitement à quel point le crew maîtrise désormais sur le bout des doigts ce music business dans lequel il nage depuis quinze ans. Pour preuve, « Birthday Girl » s’ajoute à la liste des habituels tubes pop, taillés pour les radios, ornant chacun de ses albums depuis… « Phrenology ». Mais, pas question ici de froisser un (très) fidèle public hip hop trouvant en lui une occasion régulière de sortir du sempiternel schéma Mc/Dj, et de se rappeler à quel point le genre peut lui aussi être musical. « Rising Down » (titre tiré de l’oeuvre « Rising Up and Rising Down: Some Thoughts on Violence, Freedom and Urgent Means » de William T.Vollmann) s’offre donc ainsi un minimum garanti, et assure la renommée de ses auteurs en s’accordant une orientation particulière qui le démarque de ses ainés. Ainsi, ce nouvel album de The Roots est très certainement celui qu’on retiendra comme leur plus contrasté. Leur plus electro aussi, le responsable étant notamment Kamal Gray qui a délaissé son légendaire Fender Rhodes pour des synthés plus modernes, aux sonorités à la fois plus froides et plus sombres

Illustration tout au long de cet opus avec une palanquée de titres à l’efficacité redoutable, dont « Rising Down », « Get Busy » et « 75 Bars », dévoilant des beats on ne peut plus francs, comme une des ambiances les plus pesantes qu’il ait été donné d’entendre de la part de The Roots. L’expérience permettant aussi d’éviter l’indigestion, le groupe offre quelques douceurs amenées par la guitare, de discrets arrangements electro, et quelques refrains chantés (« Criminal », « Singing Man », « Lost Desire », « The Show », « Rising Up »), comme quelques options intermédiaires incarnées par les non moins réussis « I Will Not Apologize », et « I Can’t Help It ». Devant cette belle homogénéité, « Rising Down », certainement l’album de The Roots le plus engagé politiquement, n’a donc plus qu’à se laisser conduire par la qualité des nombreux artistes invités. Ainsi, en complément des récurrentes apparitions (Peedi Peedi, Malik B., Dice Raw, P.O.R.N. et Mercedes Martinez), Mos Def, Talib Kweli, Wales, Styles P et Common rendent quasi systématiquement leur contribution incontournable. Ce qui ne sera pas le cas, par exemple, de Patrick Stump (Fall Out Boy (sic), déjà entendu chez Lupe Fiasco) venu pousser la chansonnette sur « Birthday Girl », définitivement l’ovni de ce disque

En voilà trop peu pour faire trébucher The Roots qui, s’ils ne renouent pas avec leurs classiques d’antan, sortent là un album d’une qualité que l’on rêverait aussi d’entendre chez les nombreux artistes hip hop adeptes des disques vite faits bien faits. Plus exigeants envers le groupe qu’envers n’importe qui d’autre, on ne s’y attardera malheureusement pas plus longtemps que sur les trois précédents. On ne peut alors s’empêcher de penser qu’en prenant un peu plus leur temps, The Roots parviendraient sans mal à retrouver la voie de l’intemporalité, et rendre une nouvelle fois le public hip hop totalement unanime à son égard

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