The Middle East – « I Want That You Are Always Happy »

middle180Album
(Pias)
06/06/2011
Folk

Qui a dit que le temps ne se rattrapait pas? Ou plutôt, qu’il existe un espace temporel? Certainement pas The Middle East en tout cas. L’EP « Recordings Of The Middle East« , sorti l’année dernière, laissait déjà entrevoir une certaine quête d’intemporalité. Sur le long format « I Want That You Are Always Happy », la tendance est encore plus nette. Avec élégance, cet album fait directement le lien entre passé et présent, pour se conjuguer in fine de façon magnifiquement troublante.

Si The Middle East a muri, leur douleur également. Ne sachant contrôler sa sensibilité, et c’est tant mieux, il est normal que le groupe laisse pressentir une menace, comme si son génie était pris entre deux feux. En prenant ainsi l’auditeur en tenaille, il souligne à la fois sa fragilité et sa détermination. D’apparences rêveuses, les quatorze compositions ne sont finalement qu’un long détour vers des atmosphères abyssales où on n’entend vibrer que le chagrin.

Isolés, les gars le sont! Ils sont comme solitaires au sein d’un monde qui ne peut que leur convenir. Pourtant, le chant de Jordan Ireland donne sur d’autres dimensions et, on y plonge plus que de raison. La musique étant un art en ébullition permanente, il est  rare d’y trouver des artistes capables de glisser la grâce au milieu d’un terrain vague. Sur « Jesus Came To My Birthday Party », les Australiens finissent même par nous faire sourire, tout en nous pinçant le cœur.

Jordan Ireland est un homme plongé dans ses obsessions, mais est-ce pour cela qu’il se veut insondable? Grâce à un folk ambiant, bercé aux rythmes post-rock et mâtiné par des violons cyclothymiques, The Middle East trouble l’auditeur en instaurant un sentiment de liberté, qui se dérobe aussitôt. Sur « My Grandma Was Pearl Hall » et « Months », le groupe n’est plus le même. Ces très belles plages sonores semblent le résultat d’une longue et passionnante tournée en compagnie des américains de Beach House. Certains titres font même penser à Arcade Fire et Bill Callahan, sous une version encore plus crépusculaire.

Pour en revenir à notre propos d’origine, comme une mélodie qui tournerait encore et encore sans jamais sonner de la même façon, nous en somme désormais sûrs: pour The Middle East, le temps n’est pas une contrainte, il est flottaison. Les rêves y sont cauchemardesques, les lumières y sont lointaines et même l’obscur tunnel semble sans fin. Pourtant, et c’est son paradoxe, en aucun cas, on ne souhaite en sortir.

En écoute

« Hunger Song »

Disponible sur
itunes7

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