The Infesticons – « Bedford Park »

infest180Album
(Big Dada)
24/05/2010
Punk blues hip hop

Dix ans après avoir ouvert sa trilogie concept, Mike Ladd la clôture avec « Bedford Park », un troisième volet qui vient mettre fin à la guerre opposant Infesticons – les oubliés de notre société – et Majesticons – faux riches victimes de la consommation à outrance. Alors que, refroidis par sept ans de total silence, nous finissions par croire que l’histoire ne prendrait jamais fin, le new yorkais fait enfin ressortir les premiers de leur bunker. Sauf que le combat est achevé depuis des lustres, et que plus personne ne se souvient à quel clan il appartient.

Pour illustrer toute cette complexité, plus intéressante pour les nouvelles élucubrations musicales de Mike Ladd que pour l’histoire en elle-même, le producteur fait ressurgir les sonorités seventies de « Gun Hill Road » pour les laisser éclater le plus souvent en un blues-punk colérique que l’intéressé définit lui-même comme du Dinosaur Jr interprété par des Noirs. Un point de vue à prendre avec des pincettes tant Jay Mascis ne trouvera ici aucun autre point commun que ce son de guitare brut et angulaire. Telle est l’oeuvre la plus violente de la discographie Mike Ladd: une enfilade de titres intenses, censés apporter une analyse, un point de vue sur le monde dans lequel on vit, le tout à grands coups de distorsion stridente posée sur des beats échappés d’une MPC.

Mais pas que. Car si Mike Ladd, avec son chant mi-rappé mi-braillé, offre la majorité du temps de parole aux Infesticons via quelques titres sévèrement burnés (« Blockin’ Door Anthem », « Get Along Anthem ») ou d’autres plus tempérés mais tout autant chauffés au fer rouge (« Gonna Anthem », l’excellent « Dirty Ol’Men Anthem – feat Tunde Adebimpe (TV On The Radio) », « Kick Anthem – feat Saul Williams« ), l’approche plus légère et plus superficielle des Majesticons a encore des choses à dire et s’offre ainsi quelques percées (« Plane Anthem », « Forever Anthem », « Bombs Anthem », « Give Em Anthem »).

C’est donc en quelques occasions seulement que les deux partis parviennent à trouver un terrain d’entente (« Hang It Up Anthem », « Sky’s Anthem »), trop rarement pour tenir leurs promesses, et faire de ce « Bedford Park » l’oeuvre cohérente, la nouvelle déclinaison hip hop avant-gardiste d’un Mike Ladd que tous attendaient pourtant depuis sept longues années. Au final, sur le fond comme sur la forme, ce sont les Infesticons qui ont le dernier mot: cet ultime chapitre ne paraîtra pas en CD, un format « majesticonien » créé en 1982 pour augmenter les ventes de disques de Queen et immortaliser les discours de Reagan ou Thatcher. « Bedford Park » ne peut ainsi plus mentir: c’est un disque pointu, à l’attention de puristes qui ne pourront l’écouter qu’en digital, ou en vinyl tiré en édition limitée, signée et numérotée, avec une pochette du photographe Scott Glushien.

Disponible sur
itunes20

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