The Hellacopters – « Head Off »

Head Off[Album]
18/04/2008
(Wild Kingdom/Season Of Mist)

Ils sont rares ces groupes possédant assez de recul pour sentir venir la fin, s’arrêter net au sommet de leur carrière, avant même que le sol ne commence à s’effriter sous leurs All Stars pour les faire trébucher sur la route du rock alimentaire. Peut-être aussi parce que, en plus d’un flair que seules l’expérience et la maturité peuvent offrir, il faut une énorme paire de couilles pour prendre une telle décision, et avoir la certitude de ne pas se priver de quelques belles années encore. Si on la redoutait qu’elle qu’en soit la forme ou la principale raison, celle de The Hellacopters ne pouvait pas être plus belle, laissant intacte et toute clinquante cette image de dernier rescapé que le Dieu Rock n’Roll a offert à si peu de formations actuelles. Et pour couronner le tout, que demander de plus qu’une ultime offrande pour ne pas partir la queue entre les pattes et laisser planer des regrets tous bénéfiques aux Suédois? Une dernière tournée? Il y en aura une, mais elle ne passera malheureusement pas par la France, ce pays qui, après tout et hormis quelques irréductibles, n’aura jamais vraiment exprimé son affection pour le groupe

Pas de doute donc que « Head Off », septième album studio en treize ans de carrière, provoquera quelques mutilations quand, à l’écoute de ces douze nouveaux titres, les éternels retardataires prendront pleinement conscience de leur longue impasse. Une réaction somme toute classique, les plus grands groupes obtenant souvent tous les éloges une fois l’éponge jetée. The Hellacopters ne feront pas exception à la règle, même si cette nouvelle livraison ne restera pas comme la meilleure des Suédois, beaucoup plus convaincants par exemple en 2002 sur l’excellent « By The Grace Of God » tout de rouge vêtu. Peut-être parce que « Head Off » est à The Hellacopters ce qu’est le fameux flash dont parlent tous ceux qui ont côtoyé la Mort: en un peu plus d’une demi-heure, la carrière du groupe est ici résumée, de l’insouciance de ses débuts à sa fin plus raffinée

The Hellacopters vident donc définitivement leur sac, lâchent généreusement toute leur énergie, leurs derniers riffs, laissent le piano faire des siennes (« Electrocute »), tout en offrant ce gros bouquet d’influences qui les aura accompagnés pendant toutes ces années: du punk au hard rock, en passant par le glam, le heavy rock… Tous, à leur façon, sont responsables de ces titres taillés pour les stades, qui auront fait le bonheur d’un public rock aujourd’hui larmoyant à l’écoute de morceaux déjà indispensables à la discographie des Suédois. Et cela, qu’ils soient originaux (le rythmé « I’m Watching You », le délicieusement mélodique « No Salvation »), ou qu’ils soient reprises en guise de derniers saluts amicaux, trop respectés pour ne pas être sincères (« Midnight Angels » de The Peepshows, « Veronica Lake » de New Bomb Turks, « Another Turn » de The Maharajas)

Il faudra malgré tout se convaincre que ce chiffre treize restera pour le groupe un porte-bonheur, un ultime éclair de raison pour ne pas pousser le bouchon trop loin et partir sur une fausse note. Avouez qu’on préfère encore cette triste décision plutôt que The Hellacopters provoquent chez nous, dans quelques années, la moue ridée de nos pères quand ils se ruent encore plein d’espoirs déçus sur un nouvel album des Rolling Stones. Comme les Suédois, on optera pour l’option éternelle jeunesse..

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