The Gutter Twins – « Saturnalia »

Saturnalia[Album]
03/03/2008
(Sub Pop/Pias)

Il faut parfois savoir provoquer le destin. Pour preuve, la naissance plus ou moins surprenante de ce projet regroupant Mark Lanegan (Screaming Trees, Queens Of The Stone Age) et Greg Dulli (Afghan Whigs, Backbeat Band, The Twilight Singers). En effet, c’est seulement quand un journaliste appela ce dernier pour lui poser quelques questions au sujet de The Gutter Twins, une info lâchée par son compère avec qui il a collaboré déjà de nombreuses fois, qu’il apprit la formation de son nouveau groupe. Le label Sub Pop n’avait donc plus qu’à se ruer sur ce duo presque mythique pour proposer « Saturnalia », un premier album forcément très attendu.

D’autant plus qu’il ne sonne pas exactement comme on l’aurait pensé, les deux protagonistes s’étant plongés dans une ambiance plus sombre que celle à laquelle ils nous avait habitués jusque là. Même si, on vous l’accorde, The Screaming Trees comme The Afghan Whigs n’étaient pas les groupes les plus gais du siècle dernier. « Mystique et imprévisible » ajoute le label, et il n’est pas loin de la vérité. Car, incontestablement, The Gutter Twins, pour l’image qu’ils ont souvent laissée, sont habités, peut être tout simplement par une réunion de deux talents en totale adéquation, refusant catégoriquement un quelconque lien artistique avec leur passé respectif. Et j’ai bien parlé de talents et non d’égos: preuve en sont les nombreux invités jonchant ce disque (Martina Toppley Bird, Joseph Arthur, Dave Rosser des Twilight Singers, Brian Young des Foutains Of Wayne, Mario Lalli de QOTSA…) à qui ils auront fait une place bien confortable

Et cette complémentarité s’entend tout au long de ce premier disque multipliant les perles (« Seven Stories Underground », « Front Street ») comme les atmosphères. De ce fait, « Saturnalia » sonne blues (sur l’intense et folk « The Stations », ou sur l’electro « Who Will Lead Us? »), rock alternatif typiquement américain (« God’s Children »), soul (le très Beatles « I Was In Love With You »), heavy rock (« Idle Hands » aux gimmicks qu’on croirait empruntés à AC/DC), même electro (« Each To Each »). Quelques fois aussi, et preuve d’une identité forte, The Gutter Twins tombent merveilleusement dans l’inqualifiable, comme sur cet intriguant « All Misery » à la fois tribal, rock, folk et urbain; ou dans une moindre mesure, sur « Circle The Fringes » et « The Body » qui, bien qu’accessibles, n’auraient jamais vu le jour sans une de ces deux figures du rock

« Saturnalia », dont le seul fil rouge semble finalement n’être qu’une science aiguisée de la mélodie, voire une omniprésente oppression, fait tout simplement preuve d’un savoir faire qui ne manque pas de relayer nombre de jeunes pousses sur les bancs de l’école du rock. Lanegan et Dulli ont en effet assez d’expérience pour ne pas tomber dans la nostalgie de leurs projets passés, ni proposer un vulgaire mélange de leurs deux vies de musiciens, mais préfèrent l’utiliser à bon escient pour rendre The Gutter Twins définitivement actuels, atypiques et aboutis. Quand certains rockeurs à bouteille courbent l’échine devant une industrie lucrative, on parlera donc plutôt ici d’artisanat de masse, tant Lanegan et Dulli se sont brillamment mis au service de leur musique

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