The Growlers – ‘City Club’

Album / Cult Records / 30.09.2016
Pop garage bling bling

Il y a tout juste deux ans, ‘Chinese Fountain‘ marquait un virage dans l’ascension constante de The Growlers, sans pour autant mettre en péril la forte identité du groupe : un tour de passe-passe qui répondait à un public de plus en plus large sans jamais vraiment concéder cette nonchalance rendue presque arrogante par tant de talent. Une trajectoire que Brooks Nielsen et sa  bande n’ont semble-t-il pas réussi à garder à l’approche de ‘City Club’, une nouvelle salve qui fait la part trop belle à de nouveaux producteurs – et non des moindres – venus s’agripper aux pare-chocs du bolide.

En cédant à la drague de Julian Casablancas, The Growlers ont plongé la tête la première dans le piège tendu à chaque groupe acceptant de collaborer avec un producteur double casquette. En effet, contrairement à quelques surdoués de la profession responsables d’albums immensément plus reconnus qu’eux, une poignée d’autres – également artistes – ne peuvent manifestement pas s’empêcher de poser leur griffe sur la musique des autres, jusqu’à risquer de la dénaturer. Dans le viseur, le Stroke donc (les affreux ‘Vacant Lot’, ‘Dope On a Rope’ et ‘Too Many Times’ parmi les plus évidents ici), mais aussi Dan Auerbach et Danger Mouse qui, s’ils ont contribué à des merveilles, ont tout aussi souvent étouffé leurs protégés.

Finis donc le son lo-fi, tout comme cette fragilité et ce détachement apparents qui les rendaient aussi singuliers qu’attachants. Devenus une machine de guerre taillée pour les radios et les festivals, renforcée par une utilisation accrue du synthé, les californiens ne laissent plus rien dépasser, bien décidés à aligner les hits soi-disant plus riches, au pire insignifiants (la quasi-totalité de la face B), au mieux pas plus tubesques que des aînés déjà bien taillés. Parce que tout n’est pas foutu : ‘City Club’ se sort plutôt bien de son orientation disco, ‘I’ll Be Around’ reprend à son compte une influence reggae punk ayant déjà parcouru la discographie, tandis que deux ballades (‘When You Were Made’, ‘Blood Of a Mutt’) offrent l’occasion de raccrocher la caravane.

Reste à savoir si cette nouvelle dimension fera tâche d’huile jusqu’à se répandre sur scène, lieu de prédilection et de communion du groupe et de ses fans. Si c’est le cas, on pourrait bien être les premiers à crever les pneus de ce Hummer dernière génération que The Growlers ont troqué contre leur Ford Mustang d’époque. Et s’ils en sortent sans perfecto ni Converse All Stars, on gardera peut être espoir que ce ‘City Club’ s’oublie aussi vite qu’une nuit fortement alcoolisée.

‘City Club’, ‘I’ll Be Around’, ‘When You Were Made’, ‘Blood of a Mutt’

À lire ou écouter également:

, ,

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire