The Good, The Bad & The Queen – ‘Merrie Land’

The Good, The Bad & The Queen – ‘Merrie Land’

Album / Parlophone / 16.11.2018
Dépression post-Brexit


Le temps qui défile sur toute une nation – ainsi que les changements que cela engendre – reste un sujet passionnant à exploiter. Pourtant hélas, tous les artistes ne prennent pas forcément la peine de raconter cela. Derrière son œil avisé, Damon Albarn, lui, s’est toujours épris de passion pour son île natale et n’a cessé de mettre en lumière l’histoire et le quotidien de sa mère patrie l’Angleterre. Que ce soit par des références ou des clins d’œil distillés dans l’ensemble de son œuvre (Blur, Gorillaz), ou via des projets plus concrets comme l’opéra Dr Dee, le britannique a toujours prit la peine de donner son avis et sa vision sur l’évolution de la Grande-Bretagne, dans les bons comme dans les pires moments de son histoire. The Good, The Bad & The Queen est certes le side-project musical d’Albarn accompagné de Paul Simonon (bassiste des légendaires The Clash), de Tony Allen (batteur de Fela Kuti et l’un des pères de l’afro-beat,) et de Simon Tong (ex guitariste de The Verve), mais c’est surtout l’un de ces projets musicaux qui ont pour thématique de raconter une histoire, celle d’un pays et son évolution. Quoi de mieux donc que le Brexit pour raviver l’esprit hagard et concerné d’un Damon Albarn tout juste âgé de 50 ans cette année.

Pourquoi préciser son âge d’ailleurs ? Tout simplement parce qu’il y a 24 ans, le plus jeune Damon Albarn racontait l’Angleterre de son époque sur le mythique Parklife de Blur, et que ce nouvel album de The Good, The Bad & The Queen semble en être le meilleur parallèle, la meilleure suite. Si à l’époque, le britannique contait avec intelligence et acidité les brillances – ou pas – historiques de son pays, son héritage social ainsi que la voie moderne dans laquelle il s’engageait, cette fois-ci c’est la mélancolie et la morosité qui sont de mises concernant le Royaume-Uni – ou désuni – de 2018. Avec poésie et tristesse, c’est un Damon Albarn désabusé que l’on retrouve sur Merrie Land, qui ne comprend plus vraiment sa terre natale, et qui décide de lui écrire une lettre d’amour, une lettre d’adieu. Accompagnée tout au long du disque par une musique faisant écho à une sorte de fête foraine abandonnée, on découvre ici une satire de la politique désormais menée au Royaume Uni, ainsi que les images d’une nation qui se désunit petit à petit, allant droit au mur, sans réellement savoir si elle doit en rire ou en pleurer. On nage entre confusion et réalité brutale, et c’est là essentiellement la grande force de ce Merrie Land : la profondeur de son propos, juste et hanté, réfléchis mais résigné.

Musicalement et instrumentalement, l’album n’a que peu d’intérêt comparé à son prédécesseur publié il y a 11 ans. Exit Brian Burton aka Danger Mouse à qui l’on devait les expérimentations sonores de Kingdom Of Doom, l’ambiance brumeuse de Behind The Sun et de Three Changes, TGTBTQ a décidé de faire cette fois-ci appel à Tony Visconti (producteur mythique de David Bowie) pour une production léchée et assez classe mais – disons le aussi – véritablement ennuyeuse. Malgré une section rythmique des plus alléchantes, le disque n’atteint malheureusement jamais les moments de grâce, les sommets du premier volet et ses Herculean, Nature Springs, A Soldier’s Tale ou encore Green Fields.

Certes attendu au tournant, il faut avouer que le retour du groupe est une réelle déception sur le plan musical. Malgré sa pertinence sur le sujet du Brexit, on préférera à ce Merrie Land la joute incisive du récent Joy as an Act of Resistance des britanniques Idles, ou la jeunesse insolente du premier album de Shame. Quant à Albarn, il ne semble désormais être passionnant et inspiré que lorsqu’il s’amuse et s’épanouit hors de ses terres natales, au sein de projets multiculturels comme Gorillaz, Mali Music, et tant d’autres.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
Merrie Land, Nineteen Seventeen, The Great Fire, Lady Boston, The Truce of Twilight


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