Terakaft – « Bismilla »

Bismilla[Album]
21/05/2007
(Tapsit/Anticraft)

Vous le savez, certains labels essaient de surfer sur la vague du blues touareg depuis le succès de Tinariwen en terres occidentales. On pouvait heureusement attendre autre chose de Tapsit (ex-Triban Union) à qui l’on doit justement la découverte du groupe tamasheq et la compilation du « Festival Au Désert » qui aura déclenché cet intérêt international

Comme nous vous l’expliquions dans la chronique de « Aman Iman« , la notion de groupe est assez flexible dans le désert, et les line-up peuvent être en conséquence assez versatiles. Ne vous étonnez donc pas si vous trouvez quelques ressemblances. Avant de fonder ce nouveau groupe, Kedou et Diara faisaient tout simplement partie des membres historiques de Tinariwen, alors que le groupe devenait le symbole de la rébellion touarègue dans les 90’s. Quand la troupe dut lever le camp pour aller défendre la culture tamasheq sur tous les continents, Kedou et Diara préférèrent ne pas quitter leurs dunes

Ils montent aujourd’hui cette nouvelle formation avec deux jeunes guitaristes, Sanou et Rhissa. Quiconque a déjà vu Tinariwen sur scène a forcément été frappé par l’aisance avec laquelle chacun des membres a la capacité de mener un morceau en leader (tant au chant qu’à son instrument). Les quatre hommes de Terakaft cultivent le même talent et se partagent les morceaux avec un naturel déconcertant. Parfois, un autre ancien Tinariwen, Foy-Foy (qu’on a croisé aussi avec Zenzile, Kwal…), vient poser sa voix sur quelques titres

Si Tinariwen s’appuie sur la pulsation d’une percussion métronomique pour laisser divaguer ses guitares, Terakaft ne compte que sur ses cordes (vocales, guitares, basse) pour dessiner les contours de son blues aérien. Impossible de tricher dans ces conditions: si l’émotion n’est pas réelle, le morceau ne peut pas fonctionner. Or c’est dans le dénuement le plus pur que des titres comme « Bismilla », « Tenale Chidjret », « Adounia Tanoukmam » ou « Imidiwan » viennent vous coller une boule dans la gorge. La tristesse des voix et le son limpide des guitares sont absolument bouleversants

Mais n’allez pas croire que Terakaft se contente de la facilité de l’émotion. D’autres morceaux plus entraînants, mais tout aussi bruts, parviennent à sonner comme d’improbables tubes grand public, au groove venu de nulle part. Ce « Rastaman Aridal » et ses faux airs de reggae acoustique vont faire clapper des milliers de mains en concert, à n’en pas douter. De son côté, « Manihadjan » met des fourmis dans les jambes alors qu’on ne peut s’empêcher de chercher ce beat forcément dissimulé quelque part

Terakaft prouve ainsi qu’on peut gagner sa course contre le temps. Dans 50, 70, ou 100 ans, ce disque ne sera toujours pas daté. Contrairement à tout ce qui sort des samplers ou logiciels de M.A.O des grands studios occidentaux… Car le chant de l’âme est intemporel. Parfois, on se demande qui est vraiment en voie de développement

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