Tartit – « Abacabok »

Abacabok[Album]
13/11/2006
(Crammed/Wagram)

Les musiciens français de Lo’Jo et touaregs de Tinariwen avaient-ils une petite idée en 2001 de ce qu’ils allaient engendrer en contribuant à la création du Festival Au Désert en plein coeur du Sahara, pour restaurer une tradition ancestrale touarègue perdue depuis plusieurs décennies? Pouvaient-ils alors deviner que Robert Plant (chanteur du mythique Led Zeppelin) allait se passionner pour le projet jusqu’à venir y jouer lors de la session 2003? Que cet invité de luxe allait tourner les projecteurs du monde entier sur ce festival hors-normes? Que le disque enregistré pendant cette édition allait entrer directement parmi les meilleures ventes de la catégorie world music des charts US, lançant ainsi le succès international tant mérité de Tinariwen? Que le festival allait malheureusement vite se transformer en une nouvelle lubie pour groupe occidental en mal de crédibilité tiers-mondiste? Qu’aujourd’hui toutes les maisons de disques essayent de nous refourguer la nouvelle sensation touarègue de derrière la dune, de la grosse arnaque (Desert Rebel) à l’artisan honnête mais pas transcendant (Toumast)

Ce peuple nomade, qui préfère qu’on l’appelle Kel Tamashek (« ceux qui parlent le Tamashek », alors que le mot Touareg, d’origine arabe, les détermine donc plutôt du point de vue de l’oppresseur), a pourtant su imprégner sa musique de ses pérégrinations, de la solitude du désert et du blues de l’oppression. Elle résonne l’errance et l’exil. Elle sent la poudre et les combats pour la reconnaissance. Jusqu’à présent, cette musique n’avait trouvé plus fier et meilleur ambassadeur que le « Amassaakoul » de Tinariwen (dont on attend le successeur le mois prochain!)

Le Touareg nouveau s’appelle cette fois Tartit et fait lui aussi heureusement partie des grands crus. Il nous est servi par le très bon label belge Crammed Music (Cibelle, Carl Craig, Tuxedomoon, Arto Lindsay…) et est produit par Vincent Kenis, à qui l’on doit l’excellente série des « Congotronics », sur le même label… Ce groupe, à l’origine composé uniquement de femmes, existe depuis plus de quinze ans et a souvent été comparé à un Tinariwen au féminin. On l’a d’ailleurs lui aussi découvert en Occident sur cette fameuse compilation du « Festival Au Désert 2003 ». Aujourd’hui, le groupe s’articule autour de 5 femmes et 4 hommes, mais est toujours mené par l’infatigable Fadimata Walett Oumar alias « Disco »

Leur troisième et nouvel album, « Abacabok », est toutefois moins électrique que peuvent l’être les deux disques de Tinariwen. Si quelques titres peuvent toujours confondre une oreille non avertie (« Ansari », « Houmeissa », « Tadsaq »…), l’ensemble de l’album est néanmoins plus calme, plus acoustique, j’aurais envie de dire plus traditionnel, même si je ne suis pas sûr que ça veuille signifier grand-chose… Disons qu’on y retrouve peut-être mieux les origines berbères du peuple Tamashek que dans le blues électrifié de Tinariwen. Ca n’empêche en tout cas aucunement d’atteindre la transe recherchée (« Eha Ehenia », « Cargouba », « Assinaina », « Tihou Beyatene »…)

Tambourins, cordes, flûtes, choeurs et clappements de mains transportent doucement l’auditeur aux dessus des cimes ensablées pour le laisser comme suspendu à ces mélopées sublimes et intemporelles, dans une harmonieuse sensation de sagesse et de sérénité. En ces temps de connerie humaine exacerbée, autant dire que l’écoute de ce disque est plus que fortement conseillée

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