Sun Kil Moon – ‘Universal Themes’

Album / Rough Trade / 03.06.2015
Post folk

Autant vous l’annoncer d’entrée: pour apprécier à sa juste valeur l’univers de Sun Kil Moon, mieux vaut se préparer à lire autant qu’à écouter. Ce septième album, livré un peu plus d’un an après le très acclamé ‘Benji’, ne fait pas exception à la règle. Fondateur, leader et songwriter compulsif à la tête du combo indie-folk californien (bâti en 2002 sur les cendres de Red House Painters), Mark Kozelek nous embarque ici au travers de huit longs récits musicaux et verbeux, dessinant les contours d’un blues du XXIe siècle, à la fois respectueux de la tradition et totalement postmoderne.

Armé de sa sempiternelle guitare classique à cordes en nylon, Kozelek tisse des lignes mélodiques simples et répétitives, sur lesquelles il pose, de sa voix basse et granuleuse, ses complaintes aux frontières du journal intime et du flux de conscience des écrivains modernistes. Chaque chanson est une plongée dans la tête de l’auteur: souvenirs personnels, émotions ressenties lors de moments précis, divagations internes et choses vues s’enchaînent et se mêlent pour former des histoires a priori insignifiantes et banales… Mais au travers desquelles Kozelek (et nous avec lui) parvient à atteindre une forme de vérité universelle sur la vie, la mort, l’amour, la fatalité ou l’absence (‘Hé, coco! Eu égard au titre, ça semble être le concept, non?’).

Ainsi, sur près de neuf minutes, la mort d’un petit animal (‘The Possum’) dans son jardin lui inspire une réflexion sur sa place dans l’univers et sa propre mortalité. De même, une série de faits divers lui sert de fil rouge pour un méta-blues de sept minutes (‘Cry Me a River Williamsburg Sleeve Tattoo Blues’) sur le fait que la vie ne tient qu’à un fil et que les chansons servent à le raconter. Cela pourrait sembler pompeux, mais il n’en est rient tant l’ex-rocker devenu bluesman, approchant la cinquantaine, sait faire preuve d’autodérision: ‘Went to see a band tonight / And they wouldn’t play my favorite tunes / It’s 2012 but I like the ones from 1992‘.

Portées par les percussions et rythmiques inspirées d’un toujours aussi séduisant et métronomique Steve Shelley (de Sonic Youth, qui avait déjà collaboré au précédent album), les petites histoires d’oncle Mark ne s’embarrassent que de peu de fioritures. À l’exception de deux ou trois morceaux définitivement rock, comme le chamanique ‘Little Rascals’ ou le dissonant ‘Ali/sponks 2’, les arrangements demeurent limités à quelques notes de guitare électrique ou de banjo. Un dénuement relatif qui laisse s’exprimer avec clarté et présence les textes de ce maniaque de l’écriture.

‘Little Rascals’, ‘Garden of lavender’, ‘Ali/Spinks 2’

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