Stearica – ‘Fertile’

Album / Monotreme / 13.04.2015
Math rock expérimental

La trame de ‘Fertile’ – le deuxième album de Stearica si on omet volontairement sa collaboration discographique avec Acid Mothers Temple accouchée au terme d’une tournée commune – s’est dessinée alors que le monde était en proie à une vague de rébellion, du Printemps Arabe qui secouait le Maghreb jusqu’aux diverses manifestations d’Indignés s’élevant un peu partout contre le dictat de l’austérité. C’est d’ailleurs celle des Barcelonais, vécue par les turinois alors qu’ils venaient se produire au Primavera Sound Festival, qui servit de déclic à cet opus. La tension palpable des quelques jours passés dans la capitale catalane rejaillit donc sur ses neuf titres instrumentaux et intenses, à la fois complexes et accessibles, dont les moindres détails ne cessent d’être découverts au fur et à mesure d’écoutes attentives.

Parce qu’il y a de quoi s’occuper au sein de ‘Fertile’: puissante et aventureuse, instinctive et dynamique, érigée sur la base de longues sessions d’improvisation, la musique de Stearica n’est pas sans rappeler celle d’autres maitres d’un math rock fédérateur et communicatif (‘Tigris’), de Maserati (‘Delta’) à Electric Electric, en passant par Minot, résurrection sous-estimée d’un ex-From Monument To Masses. Comme eux, le trio – sous l’impulsion de Francesco Carlucci (guitare, synthés, arrangements) qui a lui-même produit l’album – laisse libre cours à une multitude d’idées, de changements de rythmes (‘Nur’), de riffs mélodiques (‘Halite’), qui ici se chevauchent, se superposent, s’entremêlent pour un résultat finalement très personnel (‘Geber’).

Sûrement une des raisons qui ont convaincu Scott McCloud de Girls Against Boys (‘Amreeka’), Ryan Patterson de Coliseum (‘Nur’) ou le saxophoniste Colin Stetson (le long final ‘Shah Mat’) de venir mettre leur grain de sel pour finir de relever une recette qui ne s’interdit rien en piochant également dans le krautrock, le post-metal, la noise, et le rock progressif. Parfois éreintant (‘Bes’), souvent passionnant, ‘Fertile’ – et son concentré d’émotions – ne laisse jamais indifférent, qu’on le délaisse ou que l’on retourne le creuser encore et encore.

‘Delta’, ‘Geber’, ‘Nur’, ‘Shah Mat’

À lire ou écouter également:

,

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire