Squarepusher – ‘Damogen Furies’

Album / Warp / 19.04.2015
Coup de poing dans la gueule

Alors que tous les projecteurs sont en permanence braqués sur Aphex Twin et que la moitié des mélomanes en tous genres s’astiquent sur le moindre de ses titres sortis au compte-goutte, on a tendance à oublier que la plus constante et plus grosse force de frappe côté Warp reste certainement Squarepusher. Déplaçons alors sans scrupule le halo de lumière vers ce vétéran qui entend bien gagner sa place dans les bilans de fin d’année avec ce nouvel album coup de poing. Plus présent sur scène et moins discret qu’auparavant, le voile continue donc de se lever après vingt ans de carrière, pour nous laisser constater qu’aucune timidité ne se dégage de ce personnage moins geek et introverti que la légende veut bien le raconter.

Entreprenant à souhait derrière ses machines, Tom Jenkinson empoigne occasionnellement son instrument fétiche, la basse, avec laquelle il s’amuse notamment sur ‘Kontenjaz’ où se télescopent dubstep massif et furies synthétiques. Attention, ne nous fions pas au masque d’escrime derrière lequel il cache son visage en concert: ce n’est pas un innocent fleuret qui nous pique le torse, mais bien une massue qui s’abat ici sur nos crânes, comme lorsqu’il peaufine dans un décor apocalyptique la jungle acerbe et grinçante qui lui tient à cœur (le nerveux ‘Baltang Ort’, ce ‘Kwang Bass’ férocement taillé au cutter).

Néanmoins, Squarepusher ne se perd pas pour autant dans une spirale de violence gratuite. Il équilibre ses productions entre drill’n bass sauvage et mélodie limite naïve et féérique, à l’image de l’excellente ouverture ‘Stor Eiglass’ sur laquelle on imaginerait parfaitement Cendrillon courir dans un champ de mines. Cet efficace paradoxe fonctionne d’ailleurs à merveille à plusieurs reprises (‘Exjag Nives’), rappellant ‘Just a Souvenir’, l’un de ses meilleurs albums, la crise de la quarantaine en plus. ‘Rayc Fire 2’, lui, est un remarquable exercice de précision et d’énergie qui fait de cette musique un sport olympique que Squarepusher domine en laissant filtrer ses micro-détails incisifs à une allure démente, à tel point que l’oreille peine à suivre. Agile dans les textures et assemblages complexes, il n’oublie jamais non plus ses racines IDM des débuts, et se donne ici un malin plaisir à tout exagérer au point de presque s’auto-caricaturer en malmenant ses propres bébés (le vicieux ‘Baltang Arg’ ou le salement acide ‘D Frozen Aac’).

Même si tous ces morceaux inspirés se terminent la plupart du temps en dérapages contrôlés, Squarepusher procure incontestablement des sensations fortes avec ce quatorzième opus nerveux et accessible, mais définitivement déconseillé aux épileptiques.

‘Rayc Fire 2’, ‘Stor Eiglass’, ‘Exjag Nives’

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