Spoek Mathambo – « Father Creeper »

spoek180Album
(Sub Pop)
19/03/2012
Hip hop déviant

Déjà caché derrière quelques OVNIS avec son compère Sibot au sein du duo Playdoe, auteur l’an passé d’un premier album solo intitulé  »Mshini Wam », le Sud-Africain revient avec la gratification d’une signature sur le label Sub Pop. Mais réduire Spoek Mathambo à l’Afrique du Sud est absurde: lui, qui s’est expatrié relativement jeune en Suède, n’a compris qu’une fois arrivé en Europe l’incroyable richesse culturelle de sa patrie natale. Depuis cette parenthèse introspective, le bonhomme ne cesse de naviguer entre son goût pour la post-culture européenne et l’exploration de ses racines sud-africaines.

 »Father Creeper » illustre ainsi parfaitement le personnage. Dès l’introductif  »Kites », le producteur affiche un virage radical avec  »Mshini Wam », annonce un album fondamentalement mondialiste. Ici, la filiation avec Playdoe est plus audible que jamais. Avec une signature vocale plus portée vers le chant, le sud-africain s’autorise toutes les expérimentations, sans pour autant abandonner son goût pour le clubbing et la kwaito (la house des townships), comme sur l’efficace  »Put Some Red On It ». Cependant, l’opus n’est pas sans râtés, comme l’atteste d’ailleurs le single  »Let’s Them Talk », variation d’un plan indie-pop taillé pour la bande FM, rappelant un mauvais Gnarls Barkley. De plus, ce virage vocal souvent fade, dessert le talent – au demeurant indéniable – du bonhomme.  Surtout, par sa pluralité sonore, ce disque désoriente jusqu’à l’indigestion en raison d’un manque de cohésion éloquent ( »Father Creeper »,  »We Can Work »). À la croisée des chemins entre la dance music et le hip-hop lugubre, Mathambo n’est donc jamais aussi bon que lorsqu’il choisit clairement une voie ( »Skorokoro »).

Lui-même très admiratif des Digable Planets, Spoek Mathambo souffre peut-être de l’attente provoquée par Shabazz Palaces, également signés sur le label de Seattle. Encore loin de l’anorexie étouffante des productions de ses ainés, le producteur déçoit par son manque d’aspérités. Heureusement, si le disque manque d’aura, il devrait sans aucun doute trouver une issue salvatrice sur scène pour laquelle il semble taillé. Espérons simplement qu’à l’avenir, l’artiste saura s’abstraire de ses trop nombreux artifices pour nous montrer un visage plus extrême. A ce titre, ses conclusions  »Grave (Intro) » et  »Grave », sublimes par leur intimité, révèlent une facette du personnage encore jamais décelée.  »Father Creeper » ne restera pas, au contraire de son auteur, preuve que le ciel est sans aucun doute sa seule limite.

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