Spectres – ‘Condition’

Spectres – ‘Condition’

Album / Sonic Cathedral / 10.03.2017
Noise shoegaze

Il fut un temps ou Spectres cachait ses faiblesses, ses petites erreurs de jeunesse, sous les décibels. Si le stratagème a souvent fonctionné lors de ses concerts ou le volume couplé à l’approche répétitive du groupe parvenait à pousser l’auditeur dans un état second, il en était tout autrement sur disque, alors que ‘Dying’ – premier album sorti en 2015 – peinait à laisser une autre impression que celle d’un disque encore beaucoup trop linéaire. Manifestement, les anglais ont retenu la leçon : si ‘Condition’ fait lui aussi beaucoup de bruit (‘Colour Me Out’), si noise et shoegaze s’y affrontent toujours tête contre tête, il est aussi d’une diversité inédite chez eux alors que post punk et même math rock tentent de les séparer.

‘The Beginning of an End’, qui ouvre l’album, montre déjà beaucoup plus de profondeur que les brûlots shoegaze du passé. Bien que linéaire et répétitif, quelque part entre Suuns et My Disco, Spectres dessine de discrètes mélodies, et laisse de quoi respirer malgré l’ambiance pesante et malsaine qu’il impose dès cette entame. Tout en se laissant glisser le long d’un fil conducteur tissant lui même un épais voile noise, le groupe vire du côté de Sonic Youth (‘Rubber Plant’, ‘Coping Mechanism’) ou de A Place To Bury Strangers (‘Welcoming The Flowers’), en usant généralement d’une voix calme et détachée, en décalage volontaire avec la cacophonie ambiante (‘Dissolve’), comme pour rappeler que sa musique est plus le fruit d’hommes que de machines à la mécanique et à la précision industrielles, même lorsqu’elles deviennent incontrôlables (‘Neck’).

Preuve de sa remise en question, Spectres sait désormais jouer sur les contrastes, comme en atteste l’excellent ‘A Fish Called Wanda’ dont le coeur balance entre accalmies indie rock et stridences électriques intenses. Renforcées par quelques explosions de la trempe de ‘Welcoming The Flowers’ aux contours indus, elles seront probablement causes d’acouphènes répétées durant les prochains mois : un constat assez banal après l’écoute d’un album aussi bruyant et inconfortable que ce ‘Condition’. Sauf que, par son biais et pour doubler ses homologues tout aussi torturés, le quatuor de Bristol – ensanglanté mais toujours vivant – passe la seconde sur la voie alternative qu’il commençait à tracer il y a deux ans avec ‘Dying’.

A VOIR
ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE

‘Dissolve’, ‘Neck’, ‘A Fish Called Wanda’, ‘Coping Mechanism’


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