Souleymane Diamanka – « L’Hiver Peul »

L'Hiver Peul[Album]
10/04/2007
(Barclay/Universal)

Depuis l’explosion médiatique de Grand Corps Malade l’an dernier, le slam est devenu le nouveau genre à la mode de ce côté-ci de l’Atlantique. Et comme pour toute mode, le terme est accolé à tout et n’importe quoi, et surtout parfois à n’importe qui. Jusqu’ici, le slam a d’ailleurs surtout été un argument de vente pour des labels qui voulaient assurer une caution intellectuelle à leurs artistes hip hop (comme si le hip hop ne pouvait pas être intelligent de lui-même), pour un résultat la plupart du temps hors sujet. Vous verrez que bientôt on va nous dire que Doc Gynéco fait du slam (remarquez, il s’est déjà bien ridiculisé en analyste politique…)

Tous ces amalgames mercantiles ont donc vite fait de dégoûter les amateurs qui avaient découvert la fougue poétique de cette discipline avec Saul Williams dans le film de Marc Levin en 1998. Pourtant, il serait injuste d’aller trop vite en besogne et de mettre tout le monde dans le même panier

Le plus gros point faible de Grand Corps Malade, hormis son instrumentalisation par sa maison de disque et les medias (forcément, un blanc avec une béquille, ça fait moins peur qu’un noir qui réfléchit, et ça vend donc davantage…), c’était surtout que son album frôlait le néant musical intersidéral. A croire que les quelques notes de pianos d’ascenseur qu’on entendait ici ou là étaient supposées nous faire patienter… En vain. On s’y ennuyait ferme au bout de deux ou trois morceaux

Il semblerait que Souleymane Diamanka n’ait justement pas voulu tomber dans ce travers. Si le grand public ne le découvre qu’aujourd’hui, ce Bordelais dédie sa vie à l’alchimie du verbe depuis une quinzaine d’années. Comme tant d’autres, il vient au hip hop par la danse et se met presque par hasard à poser quelques textes, d’une manière déjà peu orthodoxe. De fil en aiguille, il se retrouve à travailler sur des projets divers, dont le seul dénominateur commun reste la maîtrise des mots (auteur pour les Nubians, participation à des spectacles de poésie, ateliers d’écriture, rédaction du livre « J’écris en français dans une langue étrangère »…). Il était même récemment invité avec son complice John Banzaï sur l’album des trublions de Puzzle, pour un superbe « France Fiction »

Pour ce premier album, « L’Hiver Peul », Souleymane Diamanka rend hommage à ses origines sénégalaises et s’inscrit ainsi dans la longue tradition orale de ses ancêtres. Si ce griot urbain sait manier sa plume de fort belle manière (beaucoup de jeux de mots dignes du grand Serge), on lui reprochera néanmoins un flow très monocorde. C’est d’ailleurs un constat assez général à tous les artistes français de cette discipline. Un peu dommage quand on voit par exemple ce dont est capable un Saul Williams a capella..

Peut-être est-ce tout simplement un problème de méthode de travail? Souleymane Diamanka a en effet d’abord posé sa voix grave, laissant ensuite le concepteur musical Woodini habiller ces poèmes à sa guise. Gageons que l’inverse l’aurait obligé à moduler son flow pour s’adapter aux ambiances de chaque titre. Je vais ouvrir un cabinet de conseil artistique, tiens… Merci, ça fait toujours plaisir… Bref

Si certains morceaux sont un peu superflus (cf. les duos avec Grand Corps Malade et Kayna Samet clairement destinés au grand public), il faut pourtant avoir l’honnêteté de dire que plusieurs plages valent tout à fait de s’y attarder. « L’Art Ignare » avec le piano jazzy de Eric Legnini, le funky « Le Rêve Errant Du Révérend » avec Roy Ayers, les afro « Je Te Salue Sahara » et « Moment D’Humanité » avec le grand griot Sana Seydi, ou le duel vocal « Soleil Jaune » avec John Banzaï prouvent par exemple que le genre a peut-être plus d’avenir qu’on ne voudrait le croire

« L’Hiver Peul » n’est sans doute pas encore l’album qui déridera les plus sceptiques, mais Souleymane Diamanka est assurément le slameur dont on attend la suite avec le plus de sérénité… A surveiller

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