Sole & Dj Pain 1 – ‘Death Drive’

Album / Autoproduction – Africantape / 10.06.2014
Hip pop

L’un est le fondateur bien connu d’Anticon, a signé une dizaine d’albums qui ont tous contribué à faire de lui un personnage emblématique du hip hop expérimental et avant gardiste, à l’engagement politique sans limite qui n’a cessé de l’impliquer dans de nombreux projets en rapport direct avec la lutte des classes. L’autre évolue depuis plusieurs années dans une toute autre sphère, celle des millions de ventes qu’il a connu en produisant pour le compte de Young Jeezy, 2 Chainz ou 50 Cents, sans pour autant tourner le dos à d’autres artistes plus crédibles que populaires (Public Enemy, Kool G Rap).

‘Death Drive’ sonne donc, sur le papier, comme une rencontre improbable, celle de la poussière avec les paillettes, des bougies avec les spotlights, des clubs miteux avec le bling bling. Ce qui serait pourtant sous estimer le pouvoir d’adaptation de ces deux mecs, notamment de Sole qui, par le passé, n’a pas hésité à multiplier par le passé les collaborations – avec le Skyrider Band notamment -pour sortir des sentiers qu’il avait lui même balisé. Car si certains passages de sa carrière ne sont pas toujours allés dans ce sens, le Mc a toujours eu à l’esprit une ferme volonté de se renouveler, de se confronter à de nouvelles choses, comme à de nouveaux challenges. Pour la première fois ailleurs que sur des mixtapes ou on pouvait déjà l’entendre débiter son flow hautement politisé sur des productions très commerciales, Sole mitraille dans un environnement musical plus mainstream que jamais, assez subtil pour que jamais sa crédibilité et son éthique ne finissent écorchées.

Néanmoins, les fans de longue date trouveront de quoi lui tirer dessus à boulets rouges. Du dancefloor putassier de ‘Baghdad Shake’ aux sonorités contemporaines que l’on pensait contraire à l’énergie brute sans cesse déployée par le Mc (‘Don’t Riot’, ‘The Janitor’s Son’), en passant par l’accent RnB dégueulasse de ‘Hey Liberals’ ou le crossover has been de ‘Unscorch The Earth’, les occasions ne manqueront pas. Mais le plus souvent, la paire fait preuve d’une belle efficacité (‘Death Drive’, ‘Old Gods Ain’t Dead’), affiche même à plusieurs reprises une osmose quasi parfaite (l’excellent ‘Rap Game Darwin’), quand elle ne pousse pas outrageusement les limites du dépaysement pour finalement y trouver son compte (‘War’ et ‘Coal’ flanqués d’un refrain pop radiophonique signé Decomposure).

Alors que, sur le papier, on imaginait un Sole miteux plongé dans l’atmosphère superficielle d’un Miami ou d’un Los Angeles, le duo – bien que sur une planche savonneuse du début à la fin de l’album – réussit au final son exercice d’équilibriste, plus étonnement encore quand il se décomplexe totalement. Seulement dommage que, en sonnant ainsi nouveaux riches, il leur ait manqué dix balles pour une belle pochette, celle-ci étant limite rédhibitoire.

‘Death Drive’, ‘War’, ‘Rap Game Darwin’, ‘Old Gods Ain’t Dead’

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