Sole – « A Ruthless Criticism of Everything Existing »

sole180Album
(Black Canyon)
13/11/2012
Hip hop indie

La longévité, un atout à double tranchant pour tout artiste: au bout du compte, une expérience pleinement mise à profit, ou une lente descente vers le pathétique. Au sommet du hip hop indépendant au tout début des années 2000, Sole semble s’être ensuite toujours battu pour ne pas se laisser attirer par la pente et se faire entrainer dans un élan qu’il n’aurait pu contrôler. Pourtant, à sonder ses fans de la première heure, beaucoup d’entre eux vous diront sans hésiter avoir un peu décroché de son parcours après « Live From Rome« , son dernier album solo officiel sorti en 2005. Depuis, le Mc a quitté Anticon, s’est quelque peu embourbé dans l’autoproduction sous son propre nom comme sous l’entité Mansbestfriend, et s’est offert un itinéraire bis un peu trop inégal aux côtés du Skyrider Band. C’est donc après un quasi-désert de sept longues années que Sole revient avec « A Ruthless Criticism Of Everything Existing », un nouvel opus emprunt d’autant de doutes que d’excitation au moment où l’on s’y penche.

Sole va t-il seulement perfectionner ce qu’il n’a cessé d’entreprendre ces dernières temps, ou va t-il enfin retrouver cet éclair de génie qui le faisait largement dominer le genre il y a maintenant une grosse dizaine d’années? Manifestement, son coeur balance entre les deux. S’il ne fait aucun doute à la simple lecture du titre de ce disque que sa plume – encrée par le récent occupy movement dont il s’est fait acteur – est toujours aussi affutée, intelligente, engagée, vindicative, c’est bien du côté des productions que « ARCOEE » se prend un peu les pieds dans le tapis, comme si le Mc venait contrebalancer un discours sans concession par des influences plus enclin à brosser le grand public dans le sens du poil. Aussi révolutionnaire soit-il, peut être Sole a t-il enfin pris conscience que, pour manger, il était obligé de faire avec le système qu’il critique? Certains dissidents y verront le pathétisme.

Les autres se rangeront derrière lui qui déclare avoir voulu faire de cet album un condensé de toutes les influences qu’il a pu afficher depuis ses débuts: une approche qui a l’avantage de lui laisser la porte ouverte à tout mais qui ne dispensera pas l’album d’une inégalité pesante. Ainsi, plutôt qu’on ne garde à l’esprit que les excellents « Never Work », « Assad Is Dead », « Letter To a Young Rapper » et le final « Ruthless », « ARCOEE » – est ses onze producteurs pour treize titres – restera malheureusement aussi gravé dans les mémoires à cause de quelques productions pop cramées (« Young Sole », « The Void Which Binds », « Definition Of Slave »), grossièrement electro (« Animal », The Untouchables »), et d’autres sans véritable saveur (« Last Earth ») incarnant sa face obscure. Un minimum syndical qui, même s’il ne retrouve pas son éclat d’antan, nous interdit de tirer sur un militant philosophe toujours utile au camp des éternels opposants.

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