Sly & Robbie – « Rhythm Doubles »

Rhythm Doubles[Album]
11/09/2006
(Rootdown/Nocturne)

Sly & Robbie ont écrit leurs noms dans l’histoire de la musique jamaïcaine. Les Riddims Twins ont fait partie, durant leur carrière, des plus grandes formations de l’île. Il faut savoir que le reggae est une musique qui se construit différemment des autres styles qui ont cours sur la planète. C’est avant tout une musique de producteurs. Par le passé, et avant qu’on en viennent à remplacer les musiciens par des ordinateurs, ces mêmes producteurs s’offraient les services de musiciens de sessions, qui créaient les riddims sur lesquels les chanteurs venaient se poser par la suite. Parmi les formations les plus connues de l’époque, on retrouve les Aggrovators ou encore les Revolutionaries et derrière ces noms souvent Sly & Robbie. La quasi-totalité des riddims de l’époque ont été joués par une poignée de personnes..

Mais Sly & Robbie sont des avant-gardistes, des musiciens créatifs souvent en avance sur leurs temps. Leur musique n’a pas de limites et surtout pas de frontières. Le reggae reste une influence première pour eux, mais ils ont eu envie à un moment d’élargir leurs horizons. On les retrouvera ainsi aux commandes d’albums tel que ceux de Grace Jones, par exemple. Ils créeront même un nouveau genre musical: la Trenggae, mélange de musiques latines et de reggae et ceci avec un succès mitigé. Ils vont également participer au projet « Big Men », lorsque le reggae rencontre le raï (avec plus ou moins de réussite). Et c’est un peu ce a quoi fait penser cet album « Rhythm Doubles »

Ce qui frappe dans cet album, c’est la présence d’une multitude d’artistes phares de la scène dancehall et hip hop. Bounty Killer, Wyclef Jean, Elephant Man, etc. Les Riddims Twins savent s’adjoindre les services des plus grands et surtout des noms qui font vendre. Dès l’ouverture, on retrouve un classique Studio One: le riddim « Rockfort Rock » joué à la sauce latine. La fusion salsa-reggae passe plutôt bien. Puis c’est au tour du duo Wyclef/Bounty de s’y coller. L’instru (une sorte de son west coast) n’est pas à se taper la tête contre les murs mais les deux chanteurs connaissent assez bien leur boulot pour faire d’une instru assez fade un morceau intéressant. On poursuit l’écoute pour tomber sur Elephant Man et « Walk Out » justement sur le riddim « Rockfort Rock » qui a déjà servi à ouvrir l’album. Bizarre. Pourquoi l’avoir placé ici? Mystère. Et c’est un peu le souci de cet album. Le tracklisting a l’air d’avoir été géré un peu à la va vite. Car, après les riddims hip hop et dancehall d’ouverture, on passe par une phase reggae (assez plaisante d’ailleurs, bien qu’elle ne soit pas de toute première fraîcheur) avant de retrouver des morceaux crossover. Il se crée alors une impression de fouillis

A l’arrivée, les deux riddims-makers ne sont vraiment à l’aise que dans ce qu’ils font de mieux: le reggae. Les instrus dancehall et hip hop ne rivalisent pas avec les dernières productions jamaïcaines ou américaines. Bien souvent ce sont les artistes qui sauvent les riddims un peu moyens. Restent de très bons moments, comme le duo Luciano/Al Campbell qui reprend le « Milk & Honey » de Dennis Brown. En revanche, certains titres ratent complètement leur but: Chaka Demus & Pliers et leur « My Girl » sur le riddim « Bam Bam » qui les a rendus célèbres ou encore l’immonde trio Suga Roy, Conrad Crystal & Yellowman et leur « Party Girl »

Sly & Robbie ont donc tenté de faire ce que tout artiste jamaïcain essaie de trouver un jour: une reconnaissance musicale internationale à grande échelle, mais tout le monde n’est pas Shaggy ou Sean Paul… A l’image de son affreuse pochette, « Rhythm Doubles » donne plus envie d’écourter l’écoute que de le recommander à son voisin…

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