Slugabed – « Time Team »

slu180Album
(Ninja Tune)
07/05/2012
Bass Music

Depuis quelques années, la bass music fait à tel point partie de notre décor quotidien qu’on n’y prête même plus attention. Du coup, pour se prendre une baffe, il ne faut plus toujours aller chercher une dubplate bien enfouie sur un blog, ou une quelconque collaboration de stars en la matière masquée sous un sombre pseudonyme. La dernière en date elle est là, chez Ninja Tune, à deux pas de chez vous ou en un clic sur Google. De ses premières sorties sur les labels Stuff, Ramp, puis Planet Mu, Greg Feldwick prolonge finalement ses jouissances précoces sur le label culte. 23 ans et déjà au top, une santé créative en béton armé qui s’entend sur « Time Team », premier album très attendu du jeune anglais. Dans un studio qui doit tenir dans une piaule d’étudiant, avec les synthés posés sur les plaques de la cuisine et les boîtes à rythmes au-dessus du micro-ondes, Slugabed se livre à des productions léchées, plus fines et beaucoup moins massives que ce que l’on aurait pu attendre, le monstrueux premier single « Moonbeam Rider » (présent sur l’album) n’ayant toujours pas déguerpi de notre tête. Sur « New Worlds », c’est comme si l’artiste faisait un all-in sur une table de poker forçant les autres joueurs Martyn, Scuba et Dorian Concept à se coucher lamentablement. Au total donc, douze titres gorgés d’une mélancolie que l’on sait virtuelle, mais qui empiète sur les plates-bandes du monde réel à coups de samples vocaux obsédants et de mélodies étincelantes bien que parfois actrices quelque peu outrancières d’un (bon) film de science-fiction. Par son titre caricatural, « Mountains Come Out Of The Sky » joue au pléonasme en jetant ses mélopées au zénith pendant que l’âme d’un synthé vivant traverse la complexité rythmique de « Travel Sweets ». Slugabed maintient le mercure à un niveau printanier avancé, une chaleur douce et constante maintenue par des titres qui donnent au funk une chance de s’exprimer à travers les machines, avec le scintillant « Unicorn Suplex », le futuriste « Sex » qui joue au chat et à la souris avec nos hanches, « Climbing a Tree » qui rappelle les berceuses d’Aphex Twin ou « Grandma Paints Nice » au charme aussi attendrissant qu’un dessin d’un gamin de quatre ans. Cet excellent premier essai – parfois un peu trop propre – aux couleurs lointainement nostalgiques plaira aux perfectionnistes qui ont peur de tout ce qui dépasse. Et à défaut qu’il nous enfonce une écharde dans le doigt, gardons le loisir d’interpréter cet album comme bon nous semble, entre combinaisons magiques, purée mentale et groove intangible…

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En écoute intégrale

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