Slowdive – ‘Slowdive’

Slowdive – ‘Slowdive’

Album / Dead Oceans / 05.05.2017
Shoegaze

Il était important pour nous de renouer avec l’univers familier du groupe après toutes ces années‘, nous avait expliqué Neil Halstead, le principal architecte à l’œuvre dans la cathédrale Slowdive. Rebâtir les mêmes titres pop et évanescents à la mélancolie claire-obscure, voilà donc l’ambition d’un nouvel album au nom logiquement éponyme, comme pour clamer haut et fort une identité unique préservée malgré les années.

L’ambition est simple et pourtant plus complexe qu’il n’y paraît : on ne compte plus les albums post-reformations souffrant de la comparaison avec leurs prédécesseurs, forcément meilleurs dans l’esprit des fans puisque recouverts du verni de la nostalgie. De ce constat, Slowdive tire un double avantage de ses courtes années d’existence. Celui d’être longuement resté un second couteau du mouvement shoegaze, derrière les locomotives Ride et My Bloody Valentine, et celui d’avoir toujours défié les postures échappant de fait à un cadre trop normatif (contrairement à The Jesus and Mary Chain, par exemple, à jamais condamné à jouer les vilains rockeurs).

L’affaire semblait pourtant assez mal embarquée pour Slowdive avec un premier single anecdotique lâché en janvier dernier. Pas non plus désagréable en bouche, ‘Star Roving’ tournait un peu trop à vide sur son riff aérien pour vraiment emballer la machine. Heureusement (ou assez curieusement du coup), c’est finalement le moins bon morceau de ce ‘Slowdive’. Sur le progressif et lunaire ‘Slomo’, la voix de Neil Halstead s’entrechoque délicatement à celle de Rachel Goswell et réveille avec elle les émotions de souvenirs adolescents. Les intentions initiales avouées plus haut se confortent par la suite, en offrant de généreuses variations aux thèmes musicaux qui ont fait la notoriété du groupe. C’est d’ailleurs dans la seconde moitié de l’album que se nichent ses moments les plus intenses. La doublette ‘Everyone Knows’ – ‘No Longer Making Time’ n’a pas à envier les magistraux ‘Souvlaki Space Station’ et ‘When The Sun Hits’ du désormais culte ‘Souvlaki’, et ‘Go Get It’ donne à entendre les reliefs qui manquaient définitivement à ‘Star Roving’.

Avec un sens de la chronologie peut-être simplement dû au hasard, c’est dans son dernier morceau que Slowdive revisite sa dernière œuvre, celle qui l’avait fait basculer vers la rupture : ‘Pygmalion’. Concentré autour de quelques notes de piano, ‘Falling Ashes’ triture le bruit blanc comme un spectre amical et offre à Halstead et Goswell l’occasion de chanter l’amour et l’oubli. Une conclusion aussi intime qu’expérimentale, et qui confirme l’envie non-voilée des Anglais d’explorer à l’avenir de nouvelles voies. En attendant, ils célèbrent avec une dignité dont on leur saurait gré la beauté cristalline de leurs jeunes années.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
‘Sugar For The Pill’, ‘Everyone Knows’, ‘No Longer Making Time’, ‘Falling Ashes’

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