Shabazz Palaces – « Black Up »

sha180Album
(Sub Pop)
27/06/2011
Hip hop

Pour la première fois de sa longue histoire, Sub Pop fait parler de lui dans la catégorie hip-hop avec « Black-up », troisième opus de Shabazz Palaces. Aussi étrange soit le nom de la formation, elle ne vient pas de nulle part puisque sa tête pensante a déjà officié au sein de Digable Planets et Cherrywine, en plus de nourrir des liens de parenté avec Gonjasufi. Ne soyez donc pas étonnés si Ishmael Butler est aussi dément que son cousin: loin des tendances actuelles, il n’hésite pas à refuser toute médiatisation, ou encore à dévoiler l’identité de ses musiciens. Il n’est donc pas étonnant que les deux premiers albums, uniquement parus sur leur site, soient passés relativement inaperçus.

Si, pour certains, la lumière est la condition sine qua non à une carrière artistique, le crew Shabazz Palaces s’épanouit loin d’elle, puisant son inspiration dans le mystère qu’il a lui-même instauré. En résulte un son issu des ombres, aux accents empiriques, aussi actuel qu’anachronique. Sans pour autant pouvoir prétendre jouir du même statut, « Black-Up » fait écho aux formations les plus novatrices – d’Antipop Consortium à A Tribe Called Quest – alliant la science de la musique répétive de l’un et le talent pour chiner les bons samples de l’autre. Ainsi, Shabazz Palaces éblouit avec un album où tous les titres font figure de références, que ce soit en mode dubstep (l’ouverture « Free Press And Curl », « An Echo From The Hosts That Professor Infinum »), sur des beats elecro downtempo (« A Treatease Dedicated To The Avian Airness… »), ou dans un registre hip-hop plus classique (« Are you… Can you… Were you…? » et le sublime « Recollections Of The Wraith »). Pourtant, Shabazz va encore plus loin dès lors qu’il choisit la répétition pour tisser des titres déconstruits, hors de tout format. En faisant appel aux ombres de Steve Reich ou Robert Wyatt et son « Shrinkrap », Butler et ses associés anonymes produisent un duo d’ OVNIS avec « The Kings’ New Clothes Were Made By His Own Hands » et « Yeah You », qui atteignent tout deux des sommets pour semer nos habitudes auditives.

Pour mieux semer le trouble, Shabazz Palaces nous offrent même deux notes heureuses sur un album bien sombre avec « Endeavors For Never », construction plus sobre que n’aurait pas renié le duo Triana/Flying Lotus, et la conclusion « Swere… The Reeping Of All That Is Worthwile », bricolée à partir d’une boucle de machine à écrire, sur laquelle interviennent plusieurs invitées. Au final, « Black-Up » est peut-être ce qui est arrivé de mieux à Sub Pop ces derniers temps. Car si le label continue de nous livrer les productions des groupes rock les plus inventifs du moment, cette excursion hip-hop donne un gros coup de neuf. Bien loin des schémas traditionnels, Shabazz Palaces parvient à mêler les textures d’aujourd’hui, sans oublier pour autant les fondamentaux jazz du hip-hop. Tour à tour mélancolique, ingénieux, abstrait et heureux, cet album n’ennuit jamais, et pourrait bien faire date. Il ne manque plus pour cela que Shabazz Palaces se dévoile aussi sur scène.

En écoute

Disponible sur
itunes21

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