Car Seat Headrest – ‘Teens Of Denial’

Album / Matador / 20.05.2016
Indie rock

Ty Segall et John Dwyer peuvent crâner. Au concours de celui annoncé le plus souvent comme ‘stakhanoviste’, ils font face à un sérieux concurrent. Will Toledo, 23 ans, multi-instrumentiste et chanteur, a publié entre 2010 et 2014 onze albums sous le nom de Car Seat Headrest, tous comprenant leur lot de petits joyaux rock lo-fi. Mais pendant ces années, contrairement aux deux têtes de gondole du garage californien, le natif de Virginie s’est strictement limité à des autoproductions publiées via sa page Bandcamp, sans doute par peur de perdre la main sur des chansons trop personnelles pour subir l’ingérence d’une maison de disque. Car derrière ses mélodies catchy, mélange de Guided By Voices, The Strokes ou Pavement, Will Toledo n’est pas du genre à évoquer des gentilles soirées entre potes ou des bluettes avortées.

Au bal des courtisans, c’est finalement le label Matador (Cat Power, Yo La Tengo, Sleater-Kinney) qui signe un deal avec le garçon pour lui assurer une distribution à la hauteur de son talent. L’an passé, ‘Teens Of Style’, compilation regroupant ses meilleurs faits d’arme réenregistrés, constituait une introduction aux oreilles du monde, enfin attentives. Une chronique sur Pitchfork plus tard, Car Seat Headrest revient avec ‘Teens Of Denial’, son premier véritable album de l’ère Matador, aussi son premier enregistré dans un véritable studio, avec un véritable backing-band et un vrai producteur. Forcément, les ambitions sont plus grandes.

Derrière chacun de ses titres, ‘Teens Of Denial’ surprend. Par la forme d’abord (les morceaux s’étirent de 1’17 à 11’30 et se cognent des constructions pop traditionnelles) et le fond, ensuite. Chaque composition déroule sa petite histoire, fleurtant avec les thèmes mille fois abordés de l’adolescence (la frustration, la colère, la dépression, tout ça) mais avec des qualités littéraires bien au-dessus de la mêlée, révélées par un sens précis de l’autoanalyse et de la dérision.

What happened to that chubby little kid who smiled so much and loved the Beach Boys ? […] I killed that fucker and I took his name and I got new glasses‘ annonce Will à sa mère sur ‘Destroyed by Hippies Powers’. Dans ‘The Ballad of the Costa Concordia’, il se compare au capitaine du navire de croisière échoué sur la côte italienne en 2012. ‘How the hell was i supposed to steer this ship ? It was an expensive mistake‘ clame-t-il en miroir de son incapacité à diriger sa propre vie selon les attentes de ses proches.

Plus soigné, ‘Teens Of Denial’ est pourtant moins immédiat dans ses mélodies et son articulation que les précédents disques de Cat Seat Headrest. On vous conseille pourtant de vous accrocher. Il y a dans ces douze morceaux suffisamment d’idées géniales pour y revenir et se laisser progressivement embarquer dans les histoires d’un jeune type pas tout à fait en phase avec le monde.
(Et si l’anglais oral n’est pas votre fort, un conseil : faites un tour sur le site genius.com. Vous y retrouverez tous les textes de l’album avec même des annotations de l’auteur).

‘(Joe Gets Kicked Out of School for Using Drugs With) Friends But Says This Isn’t a Problem’, ‘Drunk Drivers/Killer Whales’, ‘Unforgiving Girl (She’s Not An)’, ‘The Ballad Of The Costa Concordia’

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