Saul Williams – « Saul Williams »

Saul Williams[Album]
21/09/2004
(V2/Sony)

A la fois poète, écrivain, acteur, et musicien, Saul Williams est le fer de lance d’une nouvelle génération d’artistes spoken word. Son premier album « Amethyst Rock Star », produit par Rick Rubin et élu meilleur album de l’année 2001 par le Times de Londres, nous a fait découvrir un artiste incarnant à lui seul l’engagement d’un Chuck D et le charisme d’un Jimmy Hendrix. N’ayant rien à perdre en risquant, il utilise sans surprise ce disque éponyme comme le plus puissant moyen artistique qu’il est, et ne se gêne surtout pas pour déverser ses rimes engagées et incisives sur le monde politique actuel

Rien d’exceptionnel si ce n’était sans compter sur une grande palette musicale réservant de multiples surprises, puisque Saul, connu pour ses collaborations avec le monde du hip hop, n’hésite jamais ici à aborder le rock, le punk, l’émo ou même le ragga mais jamais, vous vous en doutez, pour finir par sonner comme un autre. Car Saul Williams est atypique et possède assez de talent pour se rapprocher de Paul Robeson, artiste complet communiste radié des archives culturelles américaines dans les années 50, son éternelle influence. C’est un orateur hors paire, un homme au charisme évident et époustouflant, qui, dés ses premiers mots sur scène, éteint littéralement le brouhaha ambiant d’une salle de concert

La même chose se produit sur ce deuxième album, faisant suite à un dernier maxi chez Ninja Tune (« Not In Our Name »), dégueulant sa haine sur la politique de George W Bush. Saul Williams continue sur la lancée du premier album en expérimentant, repoussant encore plus loin les limites de sa fusion et pulvérisant les étiquettes et catégories adorées des journalistes. Si la base reste toujours nettement ancrée dans le hip hop (on appréciera notamment le très bon « Act III Scene 2 » en compagnie de Zach De La Rocha), on a cette fois droit à de véritables morceaux rock (« Telegram », « List Of Demands », « Surrender ») qui ne manqueront pas de donner toute leur ampleur sur scène, si on a autant de chance qu’il y a trois ans

Cet album éponyme est donc certes moins accessible que son prédécesseur, et nécessitera une première écoute d’adaptation. Mais, l’effet de surprise passé, et en flirtant seulement avec l’impact de la révélation « Amethyst Rock Star », Saul Williams reste encore largement au dessus de tout le monde et sert encore d’exemple en matière de créativité. Le genre d’artiste locomotive capable de pousser un art encore plus haut.

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