Saul Williams – ‘MartyrLoserKing’

Album / Caroline / 22.01.2016
Hip hop protéiforme

Saul Williams a toujours beaucoup de choses à dire et beaucoup d’idées à concrétiser, ce qui ne l’a pas toujours aidé. Débuté sur les chapeaux de roue avec l’imparable ‘Amethyst Rock Star‘, son parcours musical évolua ensuite en dents de scie, au rythme d’un album tous les trois ou quatre ans, avec la réussite que voulait bien provoquer son esprit novateur, parfois même sa folie artistique. Car il y a bien eu des moments où l’on a craint de ‘perdre’ cet ovni de la scène hip hop, ce trublion s’amusant à sans cesse repousser des limites inexistantes chez lui, brouiller les cartes, papillonner sans offrir la garantie de toujours retomber sur ses pieds : un goût du risque qu’il semble avoir freiné à en croire ‘MartyrLoserKing’, nouvel album faisant suite à un ‘Volcanic Sunlight‘ si diversifié qu’il donnait un peu le tournis.

Nouveau porte-voix de son engagement politique et social de toujours, le disque voit Saul Williams regagner en cohérence malgré une effusion d’influences toujours aussi forte. Il tisse ici le décor d’un nouvel album concept qui, pour faire court, oppose les pays développés à ceux du tiers monde par le biais d’une histoire un peu tirée par les cheveux, mettant en scène un pirate du Burundi, conducteur de drone, infiltrant la NASA. Avouez qu’on est à mille lieux du rappeur narcissique se disant reprendre le flambeau de David Bowie, dont le seul souci semble de trouver un titre définitif à son nouvel album… Bref.

Tracté par d’autres préoccupations, Saul Williams évolue lui dans une toute autre sphère artistique. Accompagné cette fois par le producteur Justin Warfield (She Wants Revenge), le poète activiste revient un peu aux ambiances primaires et tribales de ses débuts (‘The Noise Came From Here, et surtout ‘Burundi’ en étant les exemples les plus parlants), offrant au propos une toute autre résonnance, et au disque un aspect bien plus authentique et vivant que ses dernières sorties.

Au sein de toute cette richesse, l’artiste prend plaisir à virevolter, jouir au maximum de sa liberté, et mettre en lumière ses énormes qualités d’écriture. C’est ainsi qu’il saisit à la voilée un piano guilleret (‘Horn Of The Clock-Bite’) ou un mbira (‘Down For Some Ignorance’), emprunte une phrase culte d’At The Drive-In pour lancer le brûlot qu’est ‘Ashes’, déclame ses textes sur un hip hop sombre et bruitiste (‘All Coltrane Solos At Once’) comme sur une electro eighties (‘No Different’), et rappelle au passage qu’il est également très bon chanteur (‘The Bear/Coltan As Cotton’, sûrement le titre reflétant au mieux tous ses talents).

Héritier des plus fameux auteurs de protest songs du siècle dernier, fervent défenseur des libertés civiques, Saul Williams se présente encore une fois ici comme une bouée gonflée aux derniers souffles de conscience, surnageant au-dessus d’un monde qui n’en finit plus de couler. Alors, s’il serait meilleur signe pour tout le monde que le poète n’ait plus à cracher sa colère, l’inspiration et l’énergie qu’il y puise resteront toujours pour nous une consolation, une raison de ne pas tout peindre en noir. Même la pire pochette du 21ème siècle.

‘The Bear/Coltan As Cotton’, ‘Burundi’, ‘All Coltrane Solos At Once’, ‘No Different’

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