S. Carey – « Hoyas »

scar180Ep
(Jagjaguwar)
07/05/2012

Pour le monde moderne, le temps du bouquet final arrive: fini les entrepôts entassés par milliers, les bâtiments en ruines et l’air glacial, S.Carey est là pour illuminer le crépuscule. Doit-on voir pour autant un rapport entre le titre de l’album, « Hoyas », et les Mayas? Si on était fidèle à la définition de « hoya » en tant que fleur fragile, on dirait que non, mais la comparaison avec le peuple amérindien est trop tentante pour être évitée. Rythme sobre, presque lyrique, S.Carey puiserait-il lui aussi son inspiration dans le tragique de la condition humaine?

Ceci n’est pas un disque: c’est une balade poétique, brève comme une brume, en compagnie de l’ex-batteur de Bon Iver. Sachant cela, comment éviter la comparaison avec l’immense Robert Wyatt? Impossible en effet de céder à l’émouvante intensité de « Hoyas » sans penser aux expérimentations qui ont poussé le grand barbu dans ses plus profonds retranchements. Et il y a quelque chose d’ambitieux de la part de ce bon vieux Sean Carey à vouloir faire un album ambiant aussi organique, genre qui rendrait plutôt méfiant mais qu’il faut considérer ici dans sa généreuse intelligence. En ces temps où tout va plus vite, lui prend son temps pour confectionner des compositions délicates et métaphysiques qui se diluent ou se contractent au gré des secondes qu’il semble maitriser.

Avec sa voix presque silencieuse, nous pleurons sur un temps qui s’est déjà perdu. Un savoir-faire rythmique basé sur des boucles et des claviers délicatement acoustiques dont la mélancolie retenue et discrète enchante. Comme quoi l’œuvre d’art peut se cacher dans la sobriété. En peu de mots, S.Carey donne vie à son album. Un de ces albums précieux, parce que rare et mouvant, à la croisée des genres et de la fiction romanesque. Nul doute que les rêves du bonhomme le poursuivront dans ses cauchemars.

Avec ce disque d’une si courte durée, à tel point qu’on aura eu juste le temps de lui dire bonjour et au revoir, S.Carey fait corps avec son goût pour l’impalpable, l’invisible et l’éternité. Doit-on pour autant le considérer comme un artiste aveuglé qui ne ressent plus que la beauté qui souffre? Epargnons-lui cela. La réalité est déjà bien assez sombre. Pour lui comme pour nous, l’aventure ne fait que commencer. On reste curieux de voir où elle peut nous mener.

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