Rootz Underground – « Movement »

Movement[Album]
28/04/2008
(Reggae Lounge/Nocturne)

Alors que la scène nu-roots jamaïcaine regorge de chanteurs solo volontiers enclins à sortir un album tous les trimestres, il semble de plus en plus compliqué de dénicher sur l’île un groupe de reggae à part entière, chose très paradoxale au regard du nombre impressionnant de trios vocaux qui y foisonnaient dans les années 70… Si bien que les amateurs sont souvent obligés de se tourner vers les Etats-Unis (Groundation, Soldiers Of Jah Army, The Lions), ou l’Europe (Livin’ Soul, No More Babylon), pour trouver un combo de roots music digne de ce nom. La sortie du premier album des Rootz Underground a néanmoins l’air d’infléchir cette tendance, car c’est bien à Kingston que cette formation de six musiciens s’est créée, il y a dix petites années seulement

La sortie d’un album d’un groupe jamaïcain des temps modernes ne pouvait donc qu’attirer l’attention de nos oreilles relativement exigeantes en la matière, plutôt habituées au roots traditionnel des Abyssinians, Viceroys ou autres Heptones… Mais l’écoute de ce premier « Movement » se révèle vite être une agréable surprise, dévoilant des sonorités roots riches et soignées, souvent agrémentées d’intéressantes sections de cuivres menées par le légendaire Dean Fraser, comme dans « Time Is An Illusion » ou « 20 Centuries » (le saxophoniste est d’ailleurs à la tête de la production de cet album, aux côtés des non moins mythiques Bobby Digital et Wayne Armond). Certains morceaux présentent par ailleurs un son nu-roots puissant et bien rôdé, accompagné de l’unique timbre éraillé du chanteur Stephen Newland (« Hammer », « Corners Of My Mind »). Les Rootz Underground vont même jusqu’à frôler le rock dans des élans à la Steel Pulse (« Special Place », « How Much Longer »), ou un style de ballade acoustique moins convaincant (« Rain », « When I Go »). On peut cependant regretter que les thèmes abordés par le jeune combo jamaïcain soient aussi classiques et rébarbatifs, comme dans « Victims Of The System », « Herb Fields » ou « In The Jungle », ou que la production reste parfois un peu trop frileuse (« Farming », « Riverstone »), bien qu’ancrée dans un esprit résolument contemporain

Au final, inutile de préciser que cet opus, aussi roots soit-il, ne s’adresse pas aux farouches nostalgiques de la scène jamaïcaine d’antan (évidemment, Rootz Underground ne pourra jamais dégager le charme des vieux titres des Gladiators ou des Mighty Diamonds…). Mais dans la mesure où il s’agit d’une initiative relativement inédite sur l’île ces dernières années, on ne peut que se réjouir de voir à nouveau se former un groupe de ce genre, à une époque où les studios kingstoniens sont plutôt traversés par l’individualisme et les rivalités pathétiques entre rastas que par un esprit collectif constructif. Ne serait-ce que pour cette dernière raison, « Movement » est un album à défendre, d’autant qu’il donne une bonne leçon à tous les jamaïcains qui, dans leur flirt avec le dancehall, ont pris la grosse tête en oubliant bien souvent la nature de la vraie musique

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