Rone – ‘Mirapolis’

Rone – ‘Mirapolis’

Album / InFine / 03.11.2017
Electro


Au fil des années, de son expérience acquise et de ses rencontres, Rone n’a cessé de se réinventer tout en gardant ce qui faisait sa marque de fabrique. Véritable alchimiste dans son genre, il s’est imposé depuis quelques années comme l’un des nouveaux éclaireurs du paysage électronique français, distillant au travers de ses disques une musique à la fois captivante et onirique. Son nouvel opus poursuit ce chemin avec frénésie et conviction, confirmant tout le bien que l’on pensait déjà du jeune prodige parisien. Un album tout aussi intime qu’il fut ouvert aux autres lors de sa conception. Une réelle aventure humaine donc. Et pour l’anecdote, ‘Mirapolis’ est le nom du parc d’attractions devant lequel passait souvent Erwan lorsqu’il était enfant, mais dans lequel il n’a en réalité jamais mis les pieds. C’est donc ici une vision totalement fantasmée qu’il propose. Une vision profonde, complexe, dense et mélancolique, à l’image de cette pochette multicolore dessinée par le non moins génial Michel Gondry.

Moins vaporeux que son prédécesseur ‘Créatures‘ publié en 2015, ce nouvel album s’ouvre de nouvelles voies encore plus acoustiques qu’auparavant en se nourrissant de la présence d’invités prestigieux tels que le batteur John Stanier (Battles), le guitariste Bryce Dessner (The National) et le violoncelliste Gaspard Claus, tous deux déjà présents sur ‘Créatures’. On virevolte ici entre rêveries enfantines, moments plus sombres et émotions totalement inconnues. ‘Mirapolis’ sonne à la fois comme l’œuvre la plus cohérente de Rone mais aussi comme la plus novatrice de sa discographie à ce jour. Bien que souvent galvaudé – et même s’il n’en est pas véritablement un – ce disque redonne toutes ses lettres de noblesse au terme ‘d’album concept’ tant la thématique de l’imaginaire est ici poussée à l’extrême, chaque piste étant une clé pour pénétrer la suivante et poursuivre l’aventure dans l’univers du disque. On parcourt ainsi les rythmiques implacables de John Stanier sur ‘Lou’ et ‘Brest’, les envolées engagées du rappeur américain Saul Williams sur la charge anti-Trump ‘Faster’, le charme british de Baxter Dury sur ‘Switches’ rappelant le ‘Atom Heart Mother’ de Pink Floyd, les envoûtements de la jeune Noga Erez sur le très hip-hop ‘Wave’, ou encore l’ensorcellement de Kazu Makino sur la conclusion ‘Down For The Cause’, le tout avec une cohérence, une magie et une sincérité certaine.

Rone aurait pu s’éparpiller avec un tel casting, mais curieusement il semble gagner en sérénité et se dévoile plus libre que jamais sur un disque combinant le meilleur de son savoir-faire électronique et de ses penchants les plus pop. Et ce qu’il faut retenir, c’est que ce nouvel opus est bien plus qu’une nouvelle étape solitaire de son auteur. Certes on s’émancipe personnellement au fur et à mesure que l’on explore ‘Mirapolis’, mais l’aspect collaboratif qui englobe ce disque semble naturellement et inexorablement rappeler l’importance du collectif dans la découverte de territoires inconnus. Rone est bel et bien le principal artisan et créateur de cette cité imaginaire, mais en puisant dans l’expérience de ceux qui l’ont accompagné, il lui a donné une valeur inestimable qui demeurera sans nul doute ce que nous retiendrons le plus de ce voyage.

ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
‘Lou’, ‘Spank’, ‘Wave’, ‘Brest’

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