Rokia Traoré – « Tchamantché »

Tchamantché[Album]
19/05/2008
(Universal Music Jazz/Universal)

Alors qu’en 2006 le Mali perdait Ali Farka Touré, l’un des plus grands noms de son exceptionnelle scène musicale, la relève du légendaire guitariste de blues pointait déjà son nez, notamment au travers du travail de la jeune Rokia Traoré. Trois albums (« Mouneissa », « Wanita » et « Bowmboi ») ont en effet déjà largement prouvé que Rokia, comme son père spirituel Ali Farka, a le blues dans la peau et une musicalité extraordinaire qui coule dans ses veines, s’exprimant dans de nombreux talents artistiques. Car au-delà de son art des instruments traditionnels mandingues, particulièrement le n’goni (petite guitare à quatre cordes) et le balafon (sorte de xylophone), la malienne se révèle être aussi une chanteuse et une guitariste hors pair, dévoilant une autre face de sa personnalité dans son dernier « Tchamantché »

Après avoir passé une grande partie de sa carrière à revisiter la tradition musicale malienne, Rokia Traoré a aujourd’hui acquis une maturité suffisante pour lui permettre de développer sa créativité dans des directions sensiblement différentes, tirant pleinement profit de ce retour aux racines. « Tchamantché » (qui signifie « point d’équilibre » en bambara) dévoile ainsi un son unique où des riffs de guitare électrique Gretsch viennent se mêler aux sonorités ancestrales des instruments maliens dans un élan harmonieux et limpide. Si la malienne privilégie les ballades acoustiques minimalistes et chargées d’émotion (« Djanfa », « Kounandi », « A Ou Ni Sou »), elle n’hésite pas à assumer clairement ses influences blues (« Koronoko », « Tchamantché »), voire rock (« Tounka », qui évoque l’immigration clandestine de nombreux Africains vers l’Europe). Instrument à part entière dans cet album qui lui accorde une place de premier plan, la voix de Rokia Traoré est d’une beauté rare, faisant fleurir les mots tantôt avec une douceur extrême (comme dans le merveilleux « Dounia » aux allures de berceuse bluesy, ou dans l’hymne malicieux au repos « Zen »), tantôt dans des envolées lyriques qui collent des frissons (« Kounandi », ou le sublime hommage rendu à Billie Holiday avec la reprise de « The Man I Love »)

Avec « Tchamantché », Rokia Traoré signe donc une quatrième oeuvre intimiste et voluptueuse, parfait exemple du potentiel énorme de la musique malienne contemporaine. Au travers de son folk africain singulier et généreux, la musicienne a bel et bien trouvé son équilibre, synthétisant la richesse de ses précédents albums tout en peaufinant la personnalisation de son style, qui, sans conteste, s’avère à la hauteur de son élégance naturelle.

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