Rockin Squat – « Confessions D’un Enfant Du Siècle »

Rockin Squat – « Confessions D’un Enfant Du Siècle »

Confessions D'un Enfant Du Siècle[Album]
29/09/2008
(Livin Astro/EMI)

S’il est une chose dont semble n’avoir jamais manqué Rockin’ Squat, en plus de solides relations dans la sphère Hip-Hop, c’est de confiance en soi. Feinte ou réelle (la question se pose avec d’autant plus d’acuité à l’écoute de l’album), elle semble même constituer le carburant principal de ce rappeur hors normes, précurseur, fer de lance avec Assassin d’un rap dit « conscient » auquel une génération entière doit tant. A l’époque, reconnaissable entre tous en dépit d’un flow somme toute ordinaire, il s’illustrait par les références historico-sociales distillées dans ses textes et un usage encore supportable du name dropping. Puis, l’Académie Mythique s’est fissurée. Et après un « Best Of » en guise de faire-part de décès, revoilà Rockin’ Squat, en solo cette fois. Point de départ d’une trajectoire qui – selon nous – touche à sa fin avec ces « Confessions D’un Enfant Du Siècle », premier volume d’une trilogie annoncée et d’un échec à venir

On l’avait quitté « maître dans [son] domaine comme Maupassant dans ses nouvelles« , dissertant sur la servitude passionnelle chère à Spinoza, se comparant volontiers à un Voltaire dont la « poésie domine son siècle« … il nous revient à l’égal d’Alfred de Musset, toujours accompagné de sa fidèle aversion pour les thèses officielles et sans jamais souffrir l’autocritique – un exercice qu’il semble encore confondre avec l’introspection (« Enfant De La Balle »). C’est donc armé de la Vérité sous le bras que Squat s’emploie à nous dresser un état des lieux du monde actuel. En dix-sept pistes, pas une de plus. Une ambition noble – prêcher pour l’élévation par le savoir à l’heure où le rap achève sa révolution capitaliste – justement saluée par KRS One sur « Key Of Life ». L’histoire ne précise pas si ce dernier a réclamé les milliers de dollars exigés en temps normal mais qu’importe, le VRP de la « credibility » fait toujours son petit effet derrière le micro. Pour le reste, et à l’exception de quelques featurings anecdotiques (la performance décevante de Médine sur « Démocratie Fasciste: Article 3 »), on est jamais mieux servi que par soi même. Surtout lorsqu’on a la chance d’être Rockin’ Squat, qui pose les questions avant d’y répondre, multiplie les raisonnements tautologiques, démontre l’inutilité d’une rime riche étendue sur plus de trois mesures, traque la moindre théorie conspirationniste au milieu d’une géopolitique à l’emporte-pièce… Bref, s’enferre dans une logique dont il lui sera compliqué de sortir à présent. La paranoïa qui l’avait déjà poussé à commettre « Illuminazi 666 » (« T’es gué-lar, comme ceux qui croient encore / Que le 11 Septembre c’est Ben Laden qui a fait péter le décor / C’est comme croire que les camps de concentrations nazis / N’avaient pas l’appui des alliés et des Etats-Unis« ), doublée d’une intransigeance elle aussi annoncée (« N’ouvre pas ta bouche quand tu ne sais rien / ça ne sert à rien on ne t’écoute pas« ), s’exprime ici à plein régime, au point d’en devenir contre-productive si tenté que son auteur ait envisagé un instant de convaincre l’auditeur. Un fatras hermétique, bavard, assommant, maladroitement contre-balancé par une seconde partie moins sombre mais tout aussi dispensable. Les déclarations d’amour enfilées comme des perles sonnant au moins aussi creux que leur pendant belliqueux

Faute de nuances dans l’écriture et de subtilité dans le propos, le diptyque ambitieux laisse finalement place à une ébauche de brûlot, un album tout juste bon à prêcher les convaincus et à donner du grain à moudre aux réticents. Déçu par avance, c’est peu dire qu’on n’attend d’ores et déjà plus rien de cette trilogie indigeste

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