Raoul Sinier – « Guilty Cloaks »

ra180Album
(Ad Noiseam)
07/2011
Electro noise indus

Aussi malsain qu’il pouvait l’être, Raoul Sinier a toujours eu ce pouvoir attractif sur le mélomane généralement porté sur une musique quelque peu hostile, comme si celui-ci voyait à travers le producteur parisien la possibilité de se payer un bad trip, la liberté de se dégager de l’addiction en guise de monnaie rendue. En effet, derrière cette approche rythmique franche du collier qui a toujours su instantanément actionner les cervicales, Sinier a constamment opté pour des ambiances sombres et oppressantes, parfaits barrages filtrants histoire de ne pas se cogner tous les lourdingues de l’electro et se limiter à la frange bruitiste du genre. Question de goût, d’influences aussi, et l’ultime preuve que, la nuit, tous les chats ne sont pas gris.

Seulement, le temps aidant, Raoul Sinier a progressivement ressenti le besoin de s’écouter autrement. Du coup, s’il n’avance toujours pas à la lumière des paillettes et des stroboscopes, il dévoile en revanche avec ce cinquième album une volonté de faire évoluer son registre electro vers quelque chose de plus construit, de plus structuré. De plus mature en somme. D’ou des mélodies plus évidentes qu’auparavant, et un format chanson plus récurrent qui s’accoutume plutôt bien à ce décor resté définitivement froid, tordu et tranchant: comme si cet être à part enjambait les victimes d’une apocalypse future en sifflotant des airs gorgés d’indifférence (« She Is a Lord », « Too Late », « The Enlightened Man »), pire en faisant mine de ne pas les voir (« Over The Table », « Summer Days »).

En cela, « Guilty Cloaks » ne surprendra aucun des auditeurs fidèles à Raoul Sinier puisque ce nouvel opus s’inscrit le plus logiquement du monde dans une évolution qu’on voit se dessiner depuis maintenant plusieurs albums et Eps, incarnée autant par la place grandissante de la guitare que par le recours au chant de plus en plus systématique au milieu de productions brillamment dérangeantes, parfois dignes d’un Shadow biberonné à l’indus (« Green Lights », « Winter Days »). Malgré une hyperactivité qui aurait aisément pu asphyxier son inspiration, Raoul Sinier a – au contraire – toujours trouvé la force d’avancer tout en restant constamment droit dans ses bottes. Un constat devant lequel on ne peut que s’incliner, qu’on ait envie ou non de se plonger dans les sombres profondeurs de son esprit.

En écoute

Raoul Sinier – « 

1. Summer Days     
 »
Raoul Sinier – « 
2. She's a Lord     
« 

Disponible sur
itunes18

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