Radiohead – « The King Of Limbs »

radio180Album
(Radiohead)
18/02/2011
Avant pop

La fuite d’albums sur internet est maintenant si courante qu’elle est presque devenue, pour les artistes comme pour les labels, un moyen de promotion lambda. Chez Thom Yorke et sa bande, cette notion n’existe apparemment pas. Malgré tous les intermédiaires investis dans la sortie de ce « The King Of Limbs », on a une nouvelle fois assisté à la parfaite imperméabilité de l’empire Radiohead, celle là même qui avait déjà fait de « In Rainbows » une énorme surprise en 2007. Malgré de nombreuses tergiversations – jusqu’à dire qu’il ne sortirait plus jamais d’albums mais seulement quelques titres épars sur la toile – on savait pourtant que le combo s’était remis au travail. Personne ne se doutait en revanche que « The King Of Limbs » allait nous tomber si vite sur le coin de la figure, et sensiblement de la même façon que son prédécesseur: directement sur le site du groupe, immédiatement en digital, fin mars en magasin, ou début mai en édition deluxe pour les fanatiques de l’objet.

Sensiblement. Parce que si les fans payaient ce qu’ils voulaient lors de la petite révolution sonnée il y a trois ans, ce nouvel album de Radiohead est maintenant au prix du marché, comme si les Anglais s’étaient finalement rendus compte que leur travail avait été sous-estimé tout en leur ayant rapporté plus qu’à l’époque de la grande distribution musicale, de ces maisons de disques auxquelles le groupe a délibérément tourné le dos et qui restent encore aujourd’hui dans son viseur. Dernière preuve, l’annonce de la mise en ligne de « The King Of Limbs » à la veille des Grammy Awards, comme pour banaliser ce grand rassemblement du « métier » en Angleterre ou le passable côtoie généralement le médiocre sur un lit de petits-fours et de bulles de champagne.

Côté contenu, une seule surprise: ce nouvel album n’aligne pas plus de trente-sept minutes partagées en huit titres, et devient ainsi le disque le plus court des huit que compte la discographie des Anglais. Sûrement trop peu pour les adorateurs du groupe, surtout pour ceux qui se seront fendus de l’édition collector. Comme si Thom Yorke prouvait une nouvelle fois qu’il ne mâchait pas ses mots lorsqu’il disait vouloir s’adapter aux nouvelles façons de consommer la musique, le temps de quelques arrêts de métro, ou en activant le mode aléatoire du baladeur numérique.

Mais parlons musique puisque c’est avant tout ce qui nous intéresse quand il est question de Radiohead. Là, il apparaît que, pour la première fois véritablement, le combo n’a pas cherché à approfondir ses expérimentations, reprenant plus ou moins la formule de « In Rainbows », voire de « Kid A »: celle d’un groupe de rock parvenant à faire jaillir de ses instruments des compositions très proches de ce monde électronique dont on le sait très friand. Illustration avec  une majorité de titres synthétiques, sophistiqués, et rythmés façon electro-jazz (« Bloom », « Feral »), dans la lignée du « Lotus Flower », dévoilé la veille de l’album via la mise en ligne de son clip (voir ci-dessous).

Rebutant sur papier pour les fans de la première heure qui le préféraient à guitare et qui cautionneront donc plus facilement « Little By Little » ou les deux diamants noirs de ce disque (« Codex », « Give Up The Ghost »), Radiohead s’en tire néanmoins avec un talent toujours inouï, que ce soit sur un « Morning MagPie » tendant vers le Foals-nouveau, ou sur l’excellente conclusion qu’incarne un « Separator » débordant de grâce et dont le simple titre annoncerait, selon la rumeur, une éventuelle suite qui justifierait le concept d’album journal entourant ce « The King Of Limbs », aussi indispensable que les précédents sans pour autant les surpasser.

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