Puts Marie – ‘Masoch I-II’

Album / Yotanka / 08.10.2015
Indie

Érigé en révélation depuis qu’il a enflammé les Transmusicales de Rennes et le Printemps de Bourges, deux festivals ou le pire et le meilleur ont l’habitude de se côtoyer, Puts Marie a dû attendre sa quinzième année, un Ep agrémenté de nouveaux titres cultivant plus encore sa personnalité singulière, pour définitivement défendre sa place dans l’Hexagone. Parce que si ça ne saute pas aux oreilles dès les premières écoutes, le quintet suisse a quelque chose que les autres n’ont pas : une étrangeté, une pointe de mystère, et un trouble artistique qui ne sont pas sans colorer sa musique, toujours dans une juste mesure. C’est là que le groupe se différencie des autres jouant la carte de l’originalité avec généralement beaucoup moins de subtilité.

Pas étonnant finalement que les helvètes n’arrivent à maturité qu’aujourd’hui, à l’heure ou ce qu’ils sont se reflètent très exactement dans leur musique grande ouverte, rendue grand public par sa retenue et sa mélancolie généralisée (‘Lost Soul’, ‘Mob Kisses’, ‘Horse Gone Far’), mais constamment sauvée du piège mainstream par un goût du risque et une approche décalée, voire kitsch. A l’heure aussi où ce nouvel album offre indubitablement la matière à leurs prestations théâtrales, quand réciproquement celles-ci l’aident à souligner sa richesse.

Parce que ‘Masoch I-II’ ne manque pas d’influences, toutes lissées dans une belle homogénéité. Hip hop et pop croisent ainsi le fer sur l’imparable single ‘Pornstar’, le grunge rugit sur ‘Sugar Run’, tandis qu’un vent du sud souffle sur ‘Hecho en Mexico’ auquel ne manque que les mariachis. Au-delà de simples considérations de genre, et à l’instar des Belges de Ghinzu qui font également cela très bien, Puts Marie charme aussi par l’intensité qu’il sait dégager, y compris au fil de compositions calmes (‘Obituaries’ aux notes jazzies en filigrane) ou bipolaires (‘All Your Am I’, ‘Brush Hair’).

Porté par le charisme de son leader Max Usata, et le talent des musiciens qui l’entourent, Puts Marie s’en remet à son immense soif de liberté. Au diable les étiquettes, au feu le qu’en dira-t-on. Chez ces Suisses, la musique ne répond à rien d’autre qu’à l’envie : celle d’aligner des balades mélancoliques, voire tragiques, qui ne s’empêchent pas d’être belles et prenantes. Pourtant, paradoxalement, ‘Masoch I-II’ plait aussi pour tout l’espoir qu’il porte en lui: aussi réussis qu’ils soient, ces douze morceaux sonnent surtout le début de quelque chose d’assurément plus grand encore.

‘Pornstar’, ‘Lost Soul’, ‘All Yours Am I’, ‘Mob Kisses’, ‘Tell Her To Come On Home’

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