Public Enemy – « Beats And Places »

Beats And Places[Album]
15/01/2007
(SLAMjamz/Nocturne)

Ecouter un nouveau disque de Public Enemy aujourd’hui, c’est comme se passer le dernier AC/DC ou le dernier Motörhead: on sait pertinemment que leurs meilleurs albums sont derrière eux, mais on sait aussi que leur simple minimum syndical suffira amplement à calotter tous les jeunes branleurs post-pubères qui pensent réinventer la musique alors qu’ils ne font que participer à l’abrutissement général des consciences. Mais non, je parle pas du dernier TTC, vous voyez le mal partout..

S’étant volontairement mis à l’écart du gros music business il y a quelques années, la bande de Chuck D s’est ainsi affranchie des carcans de la logique mercantile et s’est mis à multiplier les sorties CD et DVD, jusqu’à en faire perdre leur latin aux plus assidus. Entre les rééditions de concerts, les compilations de b-sides, les collaborations et les albums officiels, il faut avouer qu’on ne sait parfois plus trop où on en est. Sans compter que Mistachuck s’occupe aussi de son label SLAMjamz, qu’il gère une webradio (Rapstation.com) et le site Internet officiel du groupe, qu’il donne des conférences dans les universités américaines, qu’il écrit par ci par là dans les grands quotidiens américains, et qu’il lance désormais un comics à l’effigie du groupe (comme on le voit dans le clip de « Who’s Your Hero? » dans les bonus du DVD). Rajoutez à cela les tournées mondiales (comme au récent festival Marsatac de Marseille où le groupe a retourné son monde), et on se demande comment ces quadras bien tassés trouvent encore le temps et l’énergie de tout faire?

Eh bien, justement, ils ne les trouvent pas toujours. Du coup, ils délèguent. Ce dernier « Beats And Places », collection de morceaux restés jusque là orphelins, est par exemple largement à créditer au Dj Johnny « Juice » Rosado, fidèle du crew depuis les tout premiers albums (il officiait déjà au rhythm scratch sur « Yo Bum Rush The Show » en 1987) et à quelques autres producteurs amis. Certains des textes sont même signés James « Bomb » Allen, membre de la Security Of The 1st World, aux côtés de Professor Griff, laissant le roi Chuck et son bouffon Flavor Flav poser leur voix en dernier ressort. D’aucuns trouveront ça choquant, pourtant Public Enemy s’est toujours revendiqué comme un collectif à géométrie variable, la partie la plus médiatisée étant le binôme Chuck D/Flavor Flav. Mais il y a toujours eu des gens à oeuvrer dans l’ombre, tout autant responsables du « son » Public Enemy. Que ces petites mains finissent par avoir une part plus importante du gâteau est finalement un juste retour des choses… D’autant plus qu’on les imagine mal devenir disques d’or sous leurs simples noms (déjà qu’avec P.E, ce n’est malheureusement pas gagné…)

Et puis, regardons les choses en face, les morceaux produits par Rosado sont loin d’être mauvais. Au contraire! La busherie instrumentale « Grand Theft Oil » a même la classe des vieux standards du groupe. D’autres comme l’implacable « Shit », le très soulfull « If I Gave You Soul (What Would You Do With It?) » ou le supersonique et prodigyen « All Aboard The New Nightrain » (produit par Tom E. Hawk) prouvent que le posse de Long Island peut encore en montrer à pas mal de freluquets

Au rayon des petits plus pour collectionneurs, on retrouve le « Hell No, We Ain’t Allright », dont on entendait déjà un remix sur le récent « Rebirth Of A Nation » avec le rappeur Paris, ainsi qu’une version live du classique « Do You Wanna Go Our Way », dont l’original apparaissait sur le très mésestimé et pourtant excellent « There’s A Poison Goin’ On » de 1999 (leur 1er album à s’écarter du circuit « traditionnel », ceci expliquant peut-être cela?). A noter également, un petit medley des élucubrations de Flavor Flav, logiquement intitulé « The Flavor Flav Show », bricolé par Spacey B, et qui vaut largement le gros caca solo que l’homme-pendule a récemment pondu. Flavor Flav annonçait cet album depuis 15 ans, mais il a visiblement mis plus d’énergie depuis à se ridiculiser dans une émission de télé-réalité américaine..

Le DVD bonus est peut-être plus dispensable pour ceux qui ne loupent aucune sortie du groupe (mais on ne doit malheureusement plus être aussi nombreux). Pas mal de choses étaient en effet déjà parues sur le DVD bonus de l’album précédent, « New Whirl Odor », à savoir quatre clips et un documentaire (non sous-titré). Les aficionados seront tout de même heureux d’y découvrir d’autres clips inédits tirés de ce nouvel album (« Who’s Your Hero? », « Electric Slave »), du précédent (« MKLVFKWR »), de la compile « Revolverlution » (« Son Of A Bush », que vous ne devriez pas voir sur MTV, « Revolverlution » et « Gotta Give The Peeps What They Need ») et même celui de « Do You Wanna Go Our Way » dont on parlait plus haut. Une série d’interviews non sous-titrées sont aussi au menu, mais d’un intérêt proportionnel à votre maîtrise de la langue de Shakespeare (et encore?)

On ne compte plus ceux qui affirment s’être ouverts au militantisme grâce aux vieux albums de Public Enemy (Sage Francis, Saul Williams, Iswhat?!, Rocé…), et le groupe a été l’un des tout premiers à refuser d’être ghettoïsés dans le milieu hip hop (cf. ses collaborations avec Anthrax, Sonic Youth, RATM, Dj Spooky, etc.). Si vous n’avez aucun disque de P.E sur vos étagères, il est plus que temps de rattraper ce vilain retard, que dis-je, cette faute de goût. Ce « Beats And Places » sera un bon premier pas…

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