Psykick Lyrikah – « Acte »

Acte[Album]
02/05/2007
(Idwet/La Baleine)

Non, on ne tombera pas cette fois dans un état des lieux du hip hop français, d’une parce que vous le connaissez comme nous, de deux parce que Psykick Lyrikah va bien plus loin que ce à quoi le genre nous a habitué jusque-là. Un album et un live auront suffi à Arm et Mr Teddybear pour se démarquer du lot, par une approche musicale jouissant à l’époque d’une belle longueur d’avance, et par une qualité de plume comme il y en a trop peu par chez nous. Pour trouver un équivalent à celle-ci, c’est bien simple, il faut s’aventurer en dehors de la sphère hip hop, dans d’autres genres. Les comparaisons peuvent ainsi pleuvoir, on s’abstiendra pourtant de les énumérer, par peur d’écorcher les plus nostalgiques de la chanson comme du rock français qui, comme nous, se demandent encore pourquoi certains de leurs textes ne font pas l’objet de décortication en règle de la part de l’éducation nationale

Revenons à nos moutons même si, vous l’avez compris, ces Bretons sont plutôt du genre à tenir le bâton. Comme un aparté de sa discographie, Psykick Lyrikah voit avec ce « Acte » le producteur Mr Teddybear remplacé par le très talentueux Olivier Mellano (déjà présent sur quelques titres du premier album et lors de quelques concerts), seul auteur de la partie musicale de cet opus née de sa six cordes. Du jamais vu, ou seulement entre aperçu avec La Rumeur qui collaborait récemment sur un titre avec Serge Tayssot Gay. Le duo va donc plus loin, se dispense de toute programmation et de scratches, préfère un tapis de rock, de blues et de pop pour laisser Arm y allonger ses rimes inspirées et impeccablement posées

L’exercice était loin d’être évident, risquant quelques longueurs et une certaine monotonie dans laquelle Psykick Lyrikah est, à quelques reprises, à deux doigts de tomber, se rattrapant toujours à temps par quelques pirouettes bien senties, et un refus de la facilité qui aurait ramené ce « Acte » au simple rang d’album concept, ou pire d’une oeuvre assimilée au mouvement slam devenu quelque peu dégradant tant il englobe désormais un peu tout et n’importe quoi. Répétons le tant qu’on peut, cet album enregistré en seulement trois jours avec l’aide de Dominique Brusson (ingénieur du son de Dominique A) va bien plus loin que cela

Mellano imprègne sa patte mélancolique sur la majorité du disque, et accentue cette ambiance sombre déjà bien amenée par les textes de Arm. Les deux sont alors complémentaires à souhait, comme sur ce « Près d’Une Vie » ouvrant l’album, n’attendant pas plus longtemps pour étaler la richesse de l’oeuvre, ou le Mc semble constamment hésiter entre chant et flow, dans une ambiance que n’aurait certainement pas renié un pilier de la scène bordelaise. On se dit alors que Psykick Lyrikah a jeté sa meilleure carte, qu’une suite aussi passionnante relèverait du miracle. Si « L’Aurore » et « Un Félin Près Du Maitre » sont du même acabit, on ne vous cachera pas qu’il faudra quelques écoutes pour être définitivement persuadé du contraire, pour se laisser séduire par ce hip hop dont on adorera se délecter des textes (présents dans le livret), et qui actionnera inconsciemment nos cervicales sur un jeu de guitares superposées, qu’elles soient blues (« Histoires », « Les Grands Vides »), rock (« La Poursuite »), minimales (« Rétines Larges », « Patience ») ou légèrement expérimentales (« Quand Tout s’Arrêtera »). Un « Acte » d’une entière liberté artistique. N’allez pas chercher plus loin, le hip hop n’a finalement pas encore livré tous ses secrets..

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