Prophets of Rage – ‘Prophets of Rage’

Prophets of Rage – ‘Prophets of Rage’

Album / Concord Music Group / 15.09.2017
Fusion rap métal


Malgré toute l’excitation entourant Prophets of Rage, on n’avait peut être pas connu projet aussi prévisible depuis des lustres. Et pour cause : en enrôlant les voix de Public Enemy (Chuck D) et Cypress Hill (B-Real) – deux incorruptibles dinosaures de la scène hip hop – en lieu et place d’un Zach de la Rocha qui avait manifestement mieux à faire, les trois Rage Against The Machine à l’oeuvre ici ne pouvaient promettre une totale remise en question ni de leurs talents ni de leur complicité sans cesse consolidée depuis 25 ans.

Forts en gueule, experts en crossover rap métal, les cinq livrent donc ici l’album auquel tout le monde s’attendait : des morceaux dignes de Rage Against The Machine servis à deux Mcs quinquagénaires, désormais trop expérimentés pour s’en aller prendre des risques démesurés, et bien heureux de se reposer sur l’énergie du groupe pour délivrer leur engagement politique. Pas un mal direz vous à l’heure ou Donald Trump, sans conteste le pire président de l’histoire des Etats Unis, fait des siennes. Sauf que le poids des mots est ici un peu allégé par la facilité avec laquelle le quintet s’exécute, dans un genre musical que seule la fougue agressive de De La Rocha peut rendre intemporel. Sans forcément se ranger derrière la nostalgie facile qui préférerait voir RATM au complet, force est d’avouer que le bougre manque sacrément ici tant il laisse les copains seulement réveiller quelques sursauts du début des années 90, quand ils signaient un des albums les plus marquants de la décennie alors que Cypress Hill collaborait avec Pearl Jam et Sonic Youth sur ‘Judgement Night’, et que Public Enemy se mesurait à Anthrax.

Avec les vingt piges qu’on se prend illico à travers la tronche dès l’ouverture du bal et les démonstrations de style signées par l’inimitable Tom Morello (‘Radical Eyes’, ‘Strenght in Numbers’), impossible de se plonger dans cet album en faisant table rase du passé. Et, à l’image des fanés ‘Legalize Me’ et ‘Take Me Higher’ qui tentent de sortir des sentiers balisés avec leur approche funk érodée, il ne sert manifestement à rien de compter sur la moindre prise de risque pour faire instantanément un bond dans le présent. Si ce n’est quelques mélodies plus appuyées que chez RATM à se mettre sous la dent (‘Unfuck The World’, ‘Living On The 110’), pas d’autre choix donc que de se laisser happer par les plus efficaces relents du passé, soufflés notamment par ‘Hail to the Chief’, ‘Fired a Shot’, et ‘Who Owns Who’.

A défaut d’une originalité dont la fusion rap-rock le privait de toute façon dès ses premières secondes de vie, et malgré qu’il ne parlera peut être pas beaucoup au moins de trente ans, Prophets of Rage n’a rien de pathétique pour autant. Et c’est bien là toute sa réussite ici. Conforté musicalement par la patte si spéciale du trio Morello / Commerford / Wilk, le groupe garde un pied en 2017 grâce à une nostalgie qui n’a jamais autant fait vendre, comme grâce à des dénonciations et protestations toujours autant d’actualité. Pendant ce temps là, tapis dans son studio, Zach de la Rocha attend certainement que le soufflet retombe pour enfin sortir un tant attendu premier album solo que l’on devine nettement moins téléphoné. Ce qui ne devrait logiquement plus tarder.

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ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE
‘Unfuck The World’, ‘Living On The 110’, ‘Hail to the Chief’, ‘Fired a Shot’, ‘Who Owns Who’


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