Pest Sound – « 76 Kilos Laughing »

76 Kilos Laughing[Album]
01/03/2007
(Stunkite Recordings/Inconnu)

Dans le microcosme du rock mondial, il existe un label de qualité fort prisé qu’on nomme dans le jargon: « enregistré par Steve Albini ». Car, peut-être encore plus que pour la subtilité de ses prises de son, c’est surtout pour son adoubement artistique qu’on tente de louer les services du guitariste/chanteur de Shellac

C’est sûr que lorsqu’on jette un oeil à son CV de producteur (attention, accrochez-vous: Nirvana, Pixies, Jesus Lizard, Neurosis, Mogwai, PJ Harvey, JSBX, Slint, Helmet, Godspeed You! Black Emperor, June Of 44, Labradford, Pelican, F-Minus, Don Caballero, The Ex, Nina Nastasia et quelques centaines d’autres…), on peut légitimement penser que le bougre a suffisamment d’oreille pour reconnaître le talent lorsqu’il le croise (même s’il y a quelques contre-exemples, soyons honnêtes). Il aime en tout cas les groupes à forte personnalité artistique, c’est indéniable

Et de la personnalité, les Strasbourgeois de Pest Sound en ont à revendre, c’est aussi indéniable. Ils rejoignent donc le cercle encore assez fermé des petits frenchies à avoir enregistré avec le maître de Chicago (aux côtés de Sloy, Les Thugs, Dickybird, Chevreuil, Heliogabale, Dionysos et Uncommonmenfrommars, si je ne m’abuse). Plutôt flatteur..

Il faut bien avouer que le rock dyslexique de Pest Sound est assez atypique dans nos contrées. Chacun des quatre membres est par ailleurs investi dans la composition de BO ou dans des side-projects jazz, electro ou musique improvisée. Le groupe se réfère souvent à Nick Cave, Pere Ubu, Can ou le Velvet Underground, ce qui se comprend mais ne s’entend pas toujours. On pourrait aussi bien citer d’autres indomptés comme Jesus Lizard, Morphine ou The Ex. Si l’on doit rester dans nos frontières, on pourrait imaginer Pest Sound comme un vague cousin de Warehouse 99 Project et Papier Tigre. Quoi qu’il en soit, vous aurez compris que ces Alsaciens font partie de ces groupes qui refusent de se laisser enfermer dans un quelconque format. Le genre à ne pas se contenter non plus de la sempiternelle rengaine couplet/refrain. Prévoyez donc quelques écoutes avant d’apprivoiser cet album..

Mais les plus opiniâtres d’entre vous seront récompensés de leur persévérance. Car une fois que vous vous serez imprégnés de ce piano bancal, de ces riffs maladifs, de cette voix anxiogène et de ces rythmiques funambules, vous aurez bien du mal à quitter ces douze petits tableaux pour cabaret baroque. Il n’y a pourtant aucun tube franc et massif, mais certains titres vous restent en tête sans trop qu’on sache pourquoi (cf. la ballade anorexique de « Tailspin », le tendu « A Gang With No Legs Or Wires », le titubant « Spooned » ou le dissonant « I Am The Golden Gun »…)

« 76 Kilos Laughing » est par conséquent un album qui choisira ses auditeurs. Le moins qu’on puisse dire, c’est que Pest Sound n’a pas choisi la facilité pour s’imposer dans les charts français, mais on est quand même sacrément contents d’avoir récupérer l’Alsace et la Lorraine sur ce coup-là..

Ecoutez un extrait sur le site du groupe

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