Panacea – « Ink Is My Drink »

Ink Is My Drink[Album]
06/11/2006
(Rawkus/Nocturne)

« Ink Is My Drink » est une potion à double effet: il est le premier album d’un duo dont on n’a pas fini de parler, et marque la résurrection de l’incontournable label Rawkus qui, durant les années 90, avait révélé au grand public quelques-uns des acteurs majeurs de la scène actuelle (Mos Def, Talib Kweli, Company Flow, Eminem…). Après quelques années de silence dues à d’obscurs deals de maisons de disque ayant mis la structure en péril, auxquels il faut sûrement ajouter quelques incohérences de gestion, Rawkus semble ne pas avoir perdu de son flair de dénicheur de jeunes talents en allant chercher Panacea (mot grec signifiant « remède anti tout ») et ce premier album qui semble faire le trait d’union entre ces deux générations. Comme si le temps s’était arrêté. Pourtant, « Ink Is My Drink » n’est en rien un opus has been car, on le sait, le bon hip hop classique ne prend pas de ride et peut même parfois se révéler intemporel

Avant de se rencontrer, K Murdock, producteur, laissait son inspiration s’imprégner de l’esprit des jeux vidéos (« Final Fantasy » notamment) et louait ses services à quelques artistes de la scène RnB jusqu’à ce qu’il exprime le désir de travailler avec un Mc. Il ne lui fallut que très peu de temps pour trouver celui qui se glisserait facilement dans ses productions: Raw Poetic aiguise ses rimes depuis l’âge de quatorze ans et a développé une signature vocale assez personnelle, ainsi qu’un talent d’écriture assez affiné pour s’extirper du lot. Non contents de cette parfaite alchimie qui fait que l’on compare déjà Panacea à Gangstarr, A Tribe Called Quest, ou Pete Rock & CL Smooth, les deux compères s’entourent de musiciens du groupe RPM avec lesquel Raw Poetic avait déjà travaillé auparavant

Tous les éléments sont donc réunis pour faire de ce « Ink Is My Drink » un album d’une grande qualité, capable de soutenir le poids d’une première référence d’un Rawkus apparemment bel et bien remis sur de bons rails. À travers cette douzaine de titres, on pense à Outkast et plus régulièrement à The Roots, le flow de Raw Poetic se rapprochant souvent de celui de Black Thought, notamment sur les titres les plus énergiques comme le très bon et introductif « Trip Of The Century ». Mais on ne pense aussi à rien d’autre qu’à Panacea quand la joyeuse troupe balance des morceaux soulful au groove imparable (« Steel Kites » et ses loops de flûte, « Coulda Woulda Shoulda »), comme une signature musicale qui laisse penser que le duo est parti pour durer

Mais la richesse de cet album n’est pas uniquement musicale car Raw Poetic n’est pas du genre à avoir la langue dans sa poche. S’il s’étend sur des sujets aussi récurrents que l’amour et la vie (néanmoins toujours plus authentiques que ce que peuvent nous balancer les radios adeptes d’artistes plus préoccupés par la luxure, la violence et les filles faciles), il n’en oublie pas pour autant d’égratigner le pouvoir en place: « Burning Bush », derrière sa guitare électrique du plus bel effet, est sans conteste le texte le plus engagé de l’album. En définitive, « Ink Is My Drink » offre ni plus ni moins ce que l’on attendait de la part de Rawkus: un disque intelligent, d’une qualité incontestable, et peut être intemporel. La parole est désormais au temps..

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