Oiseaux-Tempête – ‘Ütopiya?’

Album / Sub Rosa / 04.05.2015
Post rock

C’est autour de la Méditerranée que les parisiens de Oiseaux Tempête ont décidé de faire leur nid. Deux ans après un premier album qui puisait son inspiration dans le chaos grec à venir, c’est en quelques battements d’ailes qu’ils ont atterri un peu plus loin, du côté de la Turquie puis de la Sicile pour accoucher d’une suite moins conceptuelle dans sa forme, mais toute aussi politique sur le fond. En attestent la moindre attention portée aux transitions, et les quelques textes ajoutés – la lecture de G.W. Sok (ex-The Ex) du poème ‘On Living’ de Hikmet notamment – dont la teneur subtilement incendiaire ne se prive pas d’éclairer de leur feu des compositions instrumentales toujours aussi sombres et indissociables du cinéma (‘I Terribili Infanti’, ‘Requiem For Tony’), ornées de nombreux field recordings.

Sans pour autant brandir bien haut sa carte, le groupe – désormais quatuor avec l’intégration de Gareth Davis et sa clarinette basse – ouvre une autre brèche en bouleversant son approche profondément post rock, qu’il emmène flirter cette fois en apparence avec le free jazz. En apparence seulement tant les coins de l’étiquette se décollent au fil de ces onze titres durant lesquels Oiseaux Tempête défend finalement plus volontiers sa liberté que son appartenance au jazz. Mais, bien que poussés par une évidente volonté d’évoluer, les parisiens ne dépaysent pas pour autant: un comble peut être pour eux qui s’en vont chercher l’inspiration ailleurs, mais une garantie pour nous de pouvoir nous abandonner une nouvelle fois dans leurs ambiances parfois oppressantes (‘Soudain Le Ciel’), de nous laisser porter par leurs mélodies aussi nonchalantes que désossées (‘Omen: Divided We Fall’, ‘Portals Of Tomorrow’), de nous violenter à chacun de leurs sursauts bruitistes (‘Someone Must Shout We’ll Build The Pyramids’).

Devenu rapace, Oiseaux Tempête renouvelle brillamment sa capacité à alterner attaques et moments de grâce. Au passage, le groupe profite même de ce ‘Utopiya?’ pour se discerner plus franchement du Réveil des Tropiques, l’autre projet de Frederic D.Oberland et Stéphane Pigneul, avec qui il entretenait une frontière encore trop floue il y a deux ans. Plutôt une bonne nouvelle pour la diversité musicale d’ici.

‘Ütopiya/On Living’, ‘Soudain Le Ciel’

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