Oiseaux-Tempête – ‘Al-‘An!

Oiseaux-Tempête – ‘Al-‘An!

Album / Sub Rosa / 14.04.2017
Post rock

Les routes de la Méditerranée n’ont pas toujours charrié horreurs et espoirs déçus. Il fut un temps, elles étaient à double sens et diffusaient sur son bassin richesses marchandes et culturelles pour une prospérité rayonnante. C’est celles là qu’emprunte Oiseaux Tempête depuis quelques années : des îles grecques et de Turquie étaient nés le premier album éponyme et ‘Utopiya’, puis le groupe post rock francilien s’est arrêté à Beyrouth, et de ces pérégrinations moyen orientales est sorti ‘Al-’An !’, son troisième album.

Le nom du groupe est une métaphore libanaise. ‘Oiseaux’ comme ce peuple qui a immigré partout dans le monde, et dans le flux inverse, les déplacés des conflits voisins qui y ont trouvé refuge. ‘Tempête’ pour le déchaînement de feu qui l’a détruit durant des années de guerre civile, des braises jamais vraiment éteintes. Et pourtant c’est de renouveau dont il est question ici, ‘Al-‘An’ signifiant ‘Maintenant’ en arabe. Maintenant on fait quoi ? Maintenant on vit, maintenant on suit cette musique douce et grisante qui serpente tranquillement dans un dédale de murs couleur sable, puis on s’envole dans une grande bourrasque électrique, typique du groupe, et on retombe comme dans un panier de serpents, les instruments soufflent, sifflent, mettent en garde. Le traditionnel et le moderne se rencontrent dans un respect mutuel. Le groupe convoque l’underground local qui pousse comme la végétation au printemps, notamment Tamer Abu Ghazaleh venu envoûter son monde pour une rêverie lancinante. Au rayon des featurings, le génie électro Mondkopf assemble un étrange ‘Carnaval’ d’acier. L’album s’embrase progressivement. Maintenant on vit, on vit comme on peut et tant qu’on le peut, tout le monde l’avait senti venir mais personne ne s’y était préparé, la mémoire du poète palestinien Mahmoud Darwich est convoquée sur l’incandescent ‘The Offering’. ‘Through the Speech of Stars’, avec ses 17 minutes, est long comme un pan d’Histoire. Tensions, destruction, désolation, GW Sok – compagnon de longue date – déclame, prophétise, met chacun face à ses responsabilités dans la douleur de la renaissance.

Entrer dans ce disque nécessite de quitter un instant nos rythmes de vie pressés, de laisser filer le temps sans qu’il nous fasse deuil. ‘Al-‘An !’ peut paraître manquer de relief à côté de ses prédécesseurs : on ne retrouve pas ces grandes envolées électriques, il s’arrête pour de longues plages de contemplation, il est plus spirituel, plus complexe. A l’image de la ville hôte, Beyrouth.

ECOUTE INTEGRALE

A ECOUTER EN PRIORITE

‘Baalshamin’, ‘The Offering’


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