Ofx – « Roots »

Roots[Album]
09/03/2004
(Source/Emi)

Les prénoms se rapprochent, s’incarnent. « Deux arbres tourmentés ». C’est dans l’amertume que brûle la naissance d’OFX. Un album précieux, fragile: devoir exalter un discours à trois voix quand pour le porter, il ne reste plus que deux vies. L’abandon comme point de départ. Abandon momentané du Saian Supa Crew comme volonté d’une promesse: « Roots ». Abandon de la France, qui vu comme une mère, est celle qui rejette ses enfants: « Bien qu’adopté/Elle m’a avorté »; elle les renvoie à une histoire (d’Afrique) qui n’a pas lieu de leur appartenir sitôt, car c’est une histoire originaire enfouie, difficile: Mon histoire « Comptine de mon passé/Afin de me rappeler mon nom/Le nombre d’années défile/Et avec elle/Moins en moins de reflets fidèles »

Les mots agonisent quand la difficulté d’une histoire côtoie l’aberration du présent. Le regard se pose sur la condition féminine: Lady « Cette pute est ta soeur/Cette pute, elle a mal/Son malheur tombé sur un mâle/Qui n’en a pas l’âme/Qui la malmène », ou sur la jeunesse: Jeunes Loups « Fiers, sauvages, devant tout, surtout devant un vagin/ à l’esprit vengeur/ attaquent en plein jour/ voici les hurlements d’un jeune loup »

Les corps sont malades: Ailleurs « Trop tard pour vivre », la vérité se fait douloureuse: Berceau « Plus tu en sais/ Plus c’est l’enfer », la morale prend le pas malgré soi: « Les mots efforce-toi de les choisir ». Bouleversant

Rien ne soulage que l’hystérie

Les morceaux se perdent dans la richesse des détails, l’inventivité minutieuse des titres comme « Je rap » ou « Lagos » renvoient aux compositions de RZA, les structures rythmiques d’un « Je viens » entreprennent les choses, là où Anti-Pop Consortium aurait pu les reprendre

Les influences d’OFX servent aussi à mettre en chantier la plus belle des irrévérences ludiques: « Les Soeurs J » côtoient le cultissime « Jenifa taught me (Derwin’s revenge) » de De La Soul; ou tel que l’a fait Mos Def avec son Rock’n’Roll, ici OFX déclenche en compagnie de M un « Black Rock » revendiquant un rap « partiel, passionné et politique, c’est-à-dire fait dans un point de vue qui ouvre le plus d’horizons »

« Roots ». Réminiscences d’un mot qui porte en lui la volonté d’un groupe d’appartenir à l’histoire de l’art

« Roots ». Le devoir d’Histoire sur soi, qui de la naissance intellectuelle à la mort physique doit s’édifier.

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