NTM – « 1993, J’Appuie Sur La Gachette »

1993, J'Appuie Sur La Gachette[Album]
01/01/1993
(Epic/Sony)

L’un des souvenirs les plus puissants de mon adolescence remonte à l’époque où je croisais cette affiche vénéneuse dans les allées sombres et tagguées des centres commerciaux : « J’appuie sur la gâchette ». J’étais alors absolument fasciné par ce titre et par l’artwork, n’ayant encore que vaguement entendu parler de ce groupe et de ces problèmes de censure. Le hip hop, je connaissais à peine, c’était encore quelques années avant l’explosion radio de celui-ci, ma première découverte dans le genre étant d’ailleurs sûrement NTM avec « Tout n’est pas si facile ». Ce fût bien des années plus tard que je pus réellement écouter cet album

Et dès la première écoute je fus accroc. La production non parfaite mais appropriée, légèrement étouffée et minimaliste, renforce particulièrement les beats et les flows. C’est bien simple, on a l’impression de n’entendre qu’eux, ce qui porte l’attention sur les textes, et sur l’atmosphère enragée et désespérée qui ressort du disque

L’album est sorti en pleine période du hip hop contestataire français. C’était l’époque des débuts d’Assassin, Ideal J, Expression Direkt, IAM, Kabal ou encore Ministère Amer, parfaitement représentée et résumée par le petit mix de Cut Killer qu’on trouve sur la BO de « La Haine »

Aujourd’hui encore, cette galette reste très profonde au niveau des textes, ce qui n’est pas non plus ultra étonnant étant donné qu’aucun des problèmes de société évoqués par celui-ci n’a vraiment été résolu

Les phrases chocs et au rythme bien dosé abondent au long de morceaux d’anthologie, tels que « Police » (« Jamais par la répression vous n’obtiendrez la paix, la paix de l’homme, le respect de l’homme mais cette notion n’existe plus quand ils passent l’uniforme »), « Pour un nouveau massacre » (« Que voulez que je fisse sinon du hardcore, je fais partie du triste décor de la banlieue Nord ») ou « Qui paiera les dégâts » (« Mais dans ce cas précis si guérison il y a, souvenez vous que c’est à nos frais que se payeront les dégâts »), efficacement soutenues par les flows incisifs de Kool Shen et de Joey Starr qui ne s’étaient pas encore limités à éructer

Bref, on se retrouve là, face à un des tous meilleurs albums du genre, qui nous renvoie douloureusement à un passé qui semble aujourd’hui mythologique: une époque ou la norme du hip hop français était l’engagement politique et la contestation sociale, et pas encore la vitrine commerciale et l’ode au consumérisme qu’il est majoritairement devenu aujourd’hui. Une époque aujourd’hui révolue et qu’on a de moins en moins d’espoir de revoir un jour.

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