Nouvel R – « Hybride »

Hybride[Album]
17/03/2008
(Yotanka/Discograph)

N’en déplaise aux nombreux auditeurs qui, par soucis de commodité, tendent à réduire la scène hexagonale à l’axe Paris-Marseille, la province compte également dans ses rangs quelques activistes hip-hop parmi lesquels Nouvel R, un collectif originaire d’Angers composé de quatre mc’s, d’un bassiste, d’un human beat box et d’un dj. Formé en 2004 pour arpenter les scènes en tous genres (ils se sont notamment fait remarquer aux Transmusicales et au Printemps de Bourges), le septuor nous livre quatre ans plus tard une première sortie discographique enregistrée entre leurs villes d’origine, Reims et Bamako. Réminiscence d’un âge lointain où rap français et revendications sociales cohabitaient en bonne intelligence, « Hybride » multiplie les figures imposées par un genre en voie de disparition, dispersant ça et là les germes d’une contestation qu’on pensait étouffée par l’hypertrophie du Moi

Les plus médisants pourront donc railler le nom d’un groupe plus enclin à nous faire revivre un passé glorieux qu’à tracer de nouvelles perspectives artistiques, il n’empêche. Malgré ses rimes au kilomètre, la description parfois trop appuyée du climat social, des beats à la cadence métronomique et des assonances faciles, « Hybride » s’en tire plutôt bien dans sa volonté de rendre compte des problèmes quotidiens de la « France d’en bas ». Sans pour autant s’auto-proclamer portes parole du plus grand nombre, les quatre mc’s recourent à leurs expériences personnelles comme à la fiction pour évoquer tantôt le monde du travail (« Journée Noire »), tantôt les tourments d’une « Nuit Blanche » ou encore leur vision de l’intégrité dans une époque où tout s’achète, y compris le folklore d’un rap aseptisé (« J’Refuse »; « A Vendre! »). Sur des instrus un brin formatées malgré l’agrément d’instruments « véritables » (violoncelle, guitare et sitare notamment), Nouvel R laisse donc sa colère s’exprimer le temps d’un disque bien fourni, dix-sept pistes au total, qui n’oublie pas la case introspection (« Ni Un Salaud Ni Un Saint ») ni celle de la violence, abordée son l’angle d’une métaphore dépourvue du moindre espoir sur « Animal »

Si l’on regrette l’absence de véritables prises de risques (autre que la sortie d’un tel album en 2008) dans les thèmes abordés et les beats utilisés, l’ensemble bénéficie au moins d’une qualité non négligeable, la cohérence. A double tranchant néanmoins, elle contribue certes à plonger l’auditeur dans l’univers personnel du groupe mais prend aussi le risque de le voir se noyer dans une accumulation de clichés. Davantage de nuances n’aurait pas nuit au projet et lui aurait sûrement permis de se faire entendre au delà du cercle des initiés, déjà convaincus du propos..

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